Wakatt

Bruxelles | Spectacle | Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Dates
Du 22 au 26 septembre 2020
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Boulevard Emile Jacqmain, 111 1000 Bruxelles
Contact
http://www.theatrenational.be
info@theatrenational.be
+32 2 203 41 55

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Wakatt

Pour Serge Aimé Coulibaly, chorégraphe burkinabé installé à Bruxelles, la danse est un engagement social. À travers un langage puissant et universel, il questionne le monde et partage sa réflexion avec un public international. Si son inspiration prend ses racines en Afrique, ses influences sont multiples. Aussi, chaque période de création se déploie aussi bien sur le continent africain qu’en Europe.

Contemporaine, ancrée dans l’émotion, la danse de Serge Aimé Coulibaly est porteuse d’espoir. C’est sous ce prisme qu’il aborde des thèmes complexes en y insufflant une énergie positive.

Après avoir enquêté sur un soulèvement populaire (Nuit Blanche à Ouagadougou), après avoir exploré ce que l’engagement pour un monde meilleur exige de l’individu (Kalakuta Republik), après avoir scruté nos regards dédaigneux sur l’histoire des peuples migrateurs à travers quelques mythes d’origine ouest-africaine (Kirina), WAKATT questionne le temps présent et la « peur de l’autre » qui y règne.

Dans ce projet, Serge Aimé Coulibaly se penche sur la nature de l’homme, son « instinct naturel ». Sommes-nous violents par défaut ? Rejetons-nous spontanément ceux que nous ne connaissons pas ? Ou s’agit-il de manipulations de masse qu’il est possible de contrecarrer ?

À l’heure où les murs se dressent entre les peuples, où les nationalismes se gorgent du rejet de l’autre, Wakatt incite à la résistance et à l’ouverture vers un avenir commun et généreux.

 

Wakatt sera repris du 12 > 16.01.2021

 

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Vendredi 25 septembre 2020, par Didier Béclard

Quand s’immisce la peur de l’autre

Le Théâtre National rouvre sa grande salle avec « Wakatt » de Serge Aimé Coulibaly qui signe une performance tout en contrastes au terme d’un parcours semé d’embûches.

Une musique s’élève dans l’obscurité. Un disque orangé qui évoque un coucher de soleil en Afrique, apparaît par intermittence, éclairant des champs. A chaque apparition, le nombre d’ombres humaines à l’avant plan augmente. La lumière donne à voir une dizaine de danseurs et danseuses (et trois musiciens) disséminés sur un plateau où trône une énorme pépite dorée.

Les personnages debout pivotent imperceptiblement pour tourner leur visage vers le public. Un homme sort de terre, se lève, s’effondre, se bat ou se débat au sol. Il s’agenouille et semble implorer le ciel dans une nuée d’incantations teintées de colère. Un homme le bouscule avant de s’en prendre à d’autres personnes. Éclate une bagarre, des échauffourées sporadiques. Une femme tente de calmer le jeu mais le trublion continue à s’agiter. Tout le monde s’énerve un peu, la musique se fait plus rythmée, la tension monte avant de baisser avec le silence.

Le calme revient. Un musicien donne le tempo d’une frappe de la main sur le cœur, les autres reprennent le rythme accentué par les percussions. Tous entament une danse saccadée, parfois proche du hip-hop qui serait pratiqué par des automates. L’ambiance est à la réconciliation, à l’harmonie, au vivre (et danse) ensemble.

Mais la sérénité semble de courte durée. Un couple apparaît accompagné de deux molosses qui avancent à leurs pieds. Une femme adresse une harangue à Brigitte, évoque la matriarche. « Ils sont tous là, crie-t-elle, avec des masques, ils suffoquent. Vous allez tous mourir. » Un chaman danse. L’angoisse est palpable, la foule s’approche, s’éloigne de la pépite, l’escalade, en descend, cherche une issue. Progressivement, la tension baisse, la musique se fait plus légère, les sourires reviennent, l’heure est au soulagement.
Le chorégraphe burkinabé, installé à Bruxelles, Serge Aimé Coulibaly considère la danse comme un engagement social. Dans une œuvre dont l’inspiration est ancrée dans la culture africaine, il questionne par la danse la réalité quotidienne de l’homme mais aussi de ce qui l’entoure, espérant susciter une dynamique positive tournée vers le futur. Ainsi, « Kirina » (2018) évoquait, à travers des mythes d’origine ouest-africaine, la nécessité – l’urgence – de la migration et le « regard dédaigneux » que nous portons sur un peuple juste en quête d’avenir.

Avec « Wakatt », qui signifie « notre temps », Serge Aimé Coulibaly a choisi de traiter de la peur de l’autre devenu synonyme de menace, de la difficulté à se rencontrer, à se comprendre, dans un contexte où le discours identitaire conduit à la stigmatisation de certaines personnes. Depuis cette idée, l’actualité nous a également confrontés à la mobilisation des jeunes pour le climat et aux marches liées au Black Lives Matter, mais aussi à l’apparition du coronavirus, avec son lot de restrictions et de précautions sanitaires.

La création de « Wakatt » devant effectuer différentes escales du Burkina Faso à la Belgique en passant par le Mali et la Tunisie, et impliquant des artistes venus de plusieurs pays, prend des allures de parcours du combattant (semblable à celui auquel sont actuellement confrontés la plupart des artistes et institutions culturelles). Le choix de lier intimement le travail chorégraphique et les propositions musicales du flûtiste Magic Malik, n’a aucunement facilité la tâche du chorégraphe, pas plus que les blessures subies par certains interprètes.
Au-delà de la performance qui a permis de surmonter obstacles et contraintes, Serge Aimé Coulibaly renouvelle, une fois de plus, une synthèse réussie entre traditions et modernité, entre sonorités et mouvement. Il joue sur de multiples contrastes, ombre et lumière, énergie et apaisement, solos et mouvements d’ensemble, confusion et sérénité, pour contrer certains désirs d’homogénéité culturelle et célébrer l’idée d’un présent (et un futur) partagé, avec des couleurs à foison.

Théâtre National Wallonie-Bruxelles


Boulevard Emile Jacqmain, 111
1000 Bruxelles