Les yeux noirs

Ixelles | Théâtre | Le Rideau

Dates
Du 15 au 25 novembre 2022
Horaires
Tableau des horaires
Le Rideau
Rue Goffart, 7 A 1050 Ixelles
Contact
http://www.rideaudebruxelles.be
contact@rideaudebruxelles.be
+32 2 737 16 00

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Les yeux noirs

(Création)

Phare. Elle raconte la force avec laquelle les vagues frappent les parois du phare où ils habitent ensemble depuis 14 ans. Elle reconnaît ces déferlantes imprévisibles, qui ne viennent pas que de la mer, et qu’elle rêve de calmer pour qu’ils puissent continuer à vivre là, même si c’est impossible.

La nuit est noire. Il marche dans la nuit noire après avoir quitté la fête. Des souvenirs d’enfance ressurgissent. Quelles traces ont laissé en lui les coups portés sur le corps de sa mère ? À quoi doit-il faire face aujourd’hui ? À quelles pulsions, quelles angoisses ?

Le désastre. Elle et lui. Six instantanés se succèdent devant nous, dans lesquelles se dévoile l’organisation intime de la violence dans un couple, alors qu’elle est enceinte de leur premier enfant.

AFTER SCENE
Je 17.11 après la représentation. Avec Céline Delbecq, Jessica Gazon et Sébastien Bonnamy.

RENCONTRE
Je 24.11 après la représentation. Rencontre entre des invitéEs et l’équipe du spectacle.

ACCOMPAGNEMENT SCOLAIRE GRATUIT
Animation préparatoire en classe (2 x 50’), du 14 au 25 novembre.

Texte Céline Delbecq -Mise en scène Jessica Gazon - Avec Sébastien Bonnamy et Céline Delbecq - Lumière et régie générale Aurélie Perret - Création sonore Ségolène Neyroud - Costumes Elise Abraham - Régie Valentine Bibot ou Gauthier Minne - Diffusion La Charge du Rhinocéros - Photos de spectacle Alice Piemme/AML.

Phare est édité dans l’ouvrage collectif Le Courage / Éditions L’avant-scène Théâtre, 2017.
Les trois textes seront édités sous le titre Les yeux noirs, Lansman Éditeur, 2022

Production Compagnie deLa Bête Noire.
Avec l’aide et le soutien du Festival XS/Théâtre National, Le Rideau, Mars - Mons arts de la scène, le Centre culturel de Mouscron, le Centre culturel de Saint-Ghislain …

L’autrice a bénéficié d’une résidence d’écriture à la Chartreuse CNES en 2022.

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Jeudi 24 novembre 2022, par Jean Campion

La Violence, un poison qui gangrène la famille

Dans "Cinglée" (2009), Céline Delbecq décrit le comportement d’une femme simple, naïve, bouleversée par la banalisation des féminicides. Solidaire des victimes, celle-ci lutte avec acharnement contre leur oubli. Un combat qui la condamne à perdre pied dans un monde indifférent.
Autrice et actrice des "Yeux noirs", un triptyque qu’elle joue avec Sébastien Bonnamy, Céline Delbecq interroge à nouveau la reproduction de la violence conjugale. Dans ces trois textes, celle-ci est un venin qui empoisonne la vie familiale.

Dans "PHARE", une femme est tiraillée entre la nécessité de fuir un mari tyrannique et le désir de continuer à partager la vie d’un homme, qu’elle ne peut s’empêcher d’aimer. Depuis 14 ans, ils vivent dans ce phare, subissant les assauts des vagues imprévisibles, changeantes. Benoît est devenu gardien, en succédant à son père. Elle l’aurait suivi n’importe où. "La mer me l’a rendu fou." Un petit retard suffit à déclencher sa hargne. Rouée de coups, elle se persuade que c’est un "autre" qui la cogne. Quand baignant dans son sang, elle l’entend pianoter toujours la même petite musique, elle imagine son mari enfant. Ses yeux noirs effarés encaissent les coups assénés par son père à sa maman. "Un désastre qui lui rentre dans la peau à tout jamais". Cependant son désir de le consoler est balayé par sa révolte contre son bourreau. Son fils a peur que ses cris le réveillent. Sa fille s’empresse de frotter les traces rougeâtres. Il faut partir, "avant que les vagues ne nous enterrent". Malgré sa douleur et les menaces de "l’autre". Céline Delbecq vit la détresse de cette amoureuse piétinée, avec une intensité poignante. Sa gestuelle et ses changements de ton rendent palpables les contradictions qui la paralysent.

Marchant rageusement sur un tapis roulant, Sébastien Bonnamy incarne un jeune homme qui s’enfonce dans "LA NUIT NOIRE". En espérant que Chiara, son amour, le rattrape. Les commentaires qu’il s’adresse éclairent progressivement son désarroi. Il fêtait ses vingt ans, mais la soirée a mal tourné. A chaque anniversaire, les nuits noires de sa vie ressurgissent. Celles où il aurait voulu "faire bouclier de son petit corps d’enfant", pour protéger sa maman des coups de son père. Lorsqu’à la fête, il a surpris des sourires complices entre Chiara, la douceur de sa vie et ce fils de pute, il a vu rouge. Armé d’un tesson de bouteille, il voulait le défoncer, venger l’enfant impuissant, "être quelqu’un". Comme son père ?... Non ! Le refus de perdre Chiara le libère des fantômes du passé...

La langue percutante et poétique de ces monologues contraste violemment avec les dialogues familiers des "OMBRES". Six instantanés qui nous font assister au dessèchement d’un couple. LUI éprouve un besoin maladif de l’entendre dire : "Je t’aime". Les rendez-vous qu’ELLE est obligée de donner à ses clients les isolent et excitent sa jalousie. Elle a beau dissiper les malentendus, s’excuser, se montrer obéissante, il laisse les soupçons l’envahir. Son aveuglement et sa mauvaise foi le rendent de plus en plus tyrannique. Ivre, il la traite de sale pute et envoie promener le landau. Ce premier bébé qu’elle attend, il en était fier. Ce sera un fils ! Il s’inquiétait, quand elle "faisait sa gueule de l’enfant est mort". Maintenant, il se demande si elle ne ferait pas mieux d’avorter.

Les deux comédiens se complètent efficacement, pour faire sentir que la désagrégation de ce couple est grotesque, choquante et inéluctable. Passant des insinuations aux critiques, puis aux coups de gueule et aux insultes, Sébastien Bonnamy se laisse dominer par la violence. Céline Delbecq s’appuie souvent sur des silences, des mimiques pour traduire la tolérance, la lucidité et le désespoir de son personnage. La mise en scène épurée de Jessica Gazon imprime aux monologues un rythme très soutenu. Illustration intéressante de l’enlisement du couple dans "Les Ombres" : en manipulant des fils, LUI tisse une toile dans laquelle ELLE se débat.
Cette nouvelle création confirme le grand talent de Céline Delbecq.

Jean Campion

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Le Rideau


Rue Goffart, 7 A
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