Les Enfants du soleil

Bruxelles | Théâtre | Théâtre des Martyrs

Dates
Du 2 au 13 avril 2019
Horaires
Tableau des horaires
Rideau de Bruxelles @ Théâtre des Martyrs
Place des Martyrs, 22 1000 Bruxelles
Contact
http://www.theatre-martyrs.be
billetterie@theatre-martyrs.be
02 223 32 08

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Les Enfants du soleil

J’ai choisi Les Enfants du soleil parce que ça parle de misère sociale et de recherche de beauté par le biais de la fable et de la comédie. Six personnages en quête de sens ont le privilège [ou le malheur] de l’insouciance.
Ils jouent un jeu de société grandeur nature dont la règle semble être la franchise : ils ne se cachent rien.
Sauf peut-être l’essentiel. Dehors, une épidémie se répand.
"C’était la musique de la révolution" dit un vieux Bolchevik dans un flashback.

CHRISTOPHE SERMET

Distribution

MAXIME GORKI (texte) / CHRISTOPHE SERMET (mise en scène) / CIE DU VENDREDI / Avec Claire Bodson, Iacopo Bruno, Vanessa Compagnucci, Gwendoline Gauthier, Francesco Italiano, Philippe Jeusette, Sarah Lefèvre, Gaetan Lejeune, Yannick Renier et Consolate Sipérius.

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3 Messages

  • Les enfants du soleil

    Le 14 mai 2017 à 16:55 par Segalen

    Je n’ai pas aimé l’adaptation de l’auteur ni la mise en scène, brouillon, ce rideau à moitié baissé où l’on voit les personnages de l’autre côté qui mangent ou ne font rien. Cela distrait le spectateur. A part 2 ou 3 comédiens, on ne comprend pas bien les acteurs pourtant ils parlent dans un micro mais n’articulent pas ce qui est alors éprouvant pour une pièce de 2h30. Les passages avec la musique trépidante sont difficiles à supporter.

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  • Les Enfants du soleil

    Le 11 avril à 13:04 par CORL

    Du cha.o.s.rdre éclatant comme le soleil, aveuglément éblouissant...
    un Gorki à la suite d’un Tchekhov, Christophe Sermet & toutes ses troupes viennent à la conquête d’un public déjà rebaptisé ’TcheKi ou GorKhov’.
    Les comédien.ne.s sont fidèles à leur succès précédents sur d’autres registres, un coup de cœur pour Consolate Sipérius dont le jeu délivre les mots comme un nectar, extrait des essences en parfumerie.
    Une m.e.s. multi médias parfaitement synchronisée, bien au-delà de la cohérence intentionnelle avec une part plus que belle à la vidéo qui sublime vers une dimension originelle . cosmique . élémen.t.erre .
    C.eux.elles qui l’ont vu.embrassé des mains (=applaudi) courent le revoir, et tou.te.s attendons le retour de ’VANIA !’
    ps.2
    bémol pour le bord de scène, du 09-apr-2019 : épancher sa soif à coup d’ a.mère salive sèche, son envie de tirer un coup... de cigarette, pour être à nouveau dérivé.e.s sur le politiquement ’earth.friendly’ à quelques semaines des élections, nous sommes sommes passé.e.s à côtés ’des comédien.ne.s’ et tout à fait éloigné.e.s de la slavitude qui nous avaient emmené.e.s dans la fougue d’un Gorki aux accents ’où.allons’... quelle amer.tu.me, quel naufrage !
    ps.1
    les étiquettes blanches ’EdS’ sous les accessoires me piquaient les yeux ...

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Dimanche 7 mai 2017, par Jean Campion

Gorki, lanceur d’alerte

"Il y a chez les Russes un côté sanguin, charnel, passionnel que j’aime travailler." Avec une bonne partie de l’équipe de "Vania !" (Prix de la critique 2015), Christophe Sermet passe de Tchekhov à Gorki, en mettant en scène "Les Enfants du soleil". Une comédie foisonnante, inspirée par des manifestations réprimées dans la sang, en 1905. Emprisonné, pour y avoir participé, Maxime Gorki l’écrit dans l’urgence. Sous la métaphore du choléra, qui échauffe le peuple, perce cet élan révolutionnaire. Reflétant une situation politique effervescente, cette pièce annonce la fin d’un monde et trouve un curieux écho dans les tensions de la société actuelle.

Pour disposer d’une lumière suffisante, Pavel Protassov mène ses expériences scientifiques dans la salle commune. Là où, autour d’une grande table, on rêve d’un monde meilleur et où on dévoile ses sentiments. Chimiste en culotte courte, Protassov ne jure que par la science. Une passion qui l’amène à délaisser sa femme. Eléna se plaint de devoir prendre rendez-vous pour lui parler et fréquente le photographe Vaguine, qui lui fait la cour, en exaltant sa fibre artistique. Dans sa bulle, le mari est le seul à ne pas voir le danger. Même aveuglement à l’égard de Mélania, une femme qui l’aime passionnément. Pour tenter de le conquérir, elle mise sur l’argent, la ruse et accepte même d’être humiliée. Feignant de s’intéresser aux livres qu’il lui prête, elle bute sur le vocabulaire scientifique. Les explications qu’elle demande à son frère détesté, le vétérinaire Tchépournoï, ne lui valent que des railleries. Ecoeuré par les hommes, celui-ci respecte les animaux, qui agissent sans calcul et sans haine. Il noie son désenchantement dans l’alcool et le cynisme. Seul, son amour pour Liza, la soeur de Protassov, le raccroche à la vie. Malgré un premier refus, il espère la convaincre de l’épouser. Rongée par une maladie nerveuse, Liza se l’interdit. Instable, extralucide, elle joue les Cassandre : "Quand j’entends quelque chose de grossier, de violent, quand je vois du rouge, je sens dans le coeur une angoisse panique."

Protassov voue un culte à la chimie : "Partout elle décèle l’harmonie, elle cherche obstinément l’origine de la vie." Cette science stupéfiante excite son esprit et le déconnecte des réalités matérielles. L’arriviste Nazar Avdéïévitch lui propose de diriger un laboratoire, qui ferait des profits. Lui, rêve de recréer la vie artificiellement, de vaincre la peur de la mort. Contrairement à Vaguine, un artiste farouchement égoïste, Eléna est une idéaliste tournée vers les autres. Comme son mari, qui l’applaudit quand elle s’exclame : " La beauté, il faut que tous les gens puissent la comprendre. L’aimer. Et là, ils construiront leur morale sur elle."

Vivant en vase clos, ces nantis, qui ont eu accès au savoir et à la culture, sont englués dans leur confort et leurs contradictions. Lorsqu’il rate une expérience, Protassov pleurniche, comme un enfant devant son jouet cassé. Ce grand naïf n’assume pas ses responsabilités. Il réprimande trop timidement son ouvrier Iégor, une brute qui bat sa femme, et ne le dissuade pas de croire aux ragots sur les médecins profiteurs. Quand le choléra se rapproche, il laisse son épouse prendre le risque d’aller soigner une malade. Coupés du monde qui souffre, ces rêveurs inactifs sont désarmés devant le grondement de la révolte.

Dans "Vania !", Christophe Sermet et son équipe faisaient éclater la vie dans une atmosphère désenchantée. Cette adaptation des "Enfants du soleil" témoigne du même désir d’insuffler une pulsion vitale dans cette longue pièce, truffée de discussions stériles. Cette mise en scène fait bouillonner la comédie aigre-douce. La collaboration entre Natacha Belova et Christophe Sermet débouche sur des dialogues vifs et percutants. Un texte résolument moderne, qui mêle efficacement poésie, sensibilité et dérision. Dans un décor plus évocateur que figuratif, la grande table attire les personnages. C’est autour d’elle qu’ils échafaudent des utopies et dissèquent la vie. Dans la peau d’idéalistes sentimentaux, les comédiens vivent ces échanges avec une exaltation fiévreuse. Cependant leur "jeu cinéma" reste très nuancé. Merci les micros. En participant aux changements de décor, les acteurs dynamisent la représentation et confirment que nous assistons à un spectacle, ponctué par le mot FIN. Deux narratrices l’encadrent, puis endossent les rôles des domestiques, observatrices objectives du drame qui couve.

En 1905, Gorki est lié aux Bolcheviques et à Lénine. Plus tard, il deviendra un membre éminent de la nomenklatura soviétique, sous Staline. Cependant "Les Enfants du soleil" n’est pas une oeuvre partisane, défendant la cause révolutionnaire. A travers des affrontements désamorcés par la dérision, Gorki nous montre des utopistes sincères, incapables d’ imaginer un soulèvement populaire. Que peuvent pourtant la science et l’art face à la violence et à la brutalité ? L’auteur questionne notre humanité et lance une alerte. Après les campagnes électorales haineuses aux U.S.A. ou en France, peut-on l’ignorer en 2017 ? La fumée sort du volcan. Evitera-t-on l’éruption ?

Jean Campion

Lundi 8 avril 2019, par Palmina Di Meo

Rencontre avec Sarah Lefèvre, Les enfants du soleil

Sarah Lefèvre reprend avec force et finesse le rôle Liza dans la pièce de Gorki « Les enfants du soleil » mise en scène par Christophe Sermet. Ὰ voir aux Martyrs jusqu’au 13 avril.


Ce n’est pas la première fois que tu travailles avec Christophe Sermet…

Sarah Lefèvre : La première fois c’était en 2015 pour « Vania » où je tenais le rôle de Sonia, la jeune nièce de Vania.

Lors du travail sur Vania, il avait déjà planifié de monter Gorki dont l’écriture est influencé par Tchekov.

Sarah : Vania et Les enfants du soleil forment un dyptique. Il voulait aussi continuer le travail avec Natacha Belova pour la traduction et l’adaptation du texte. Il y a un travail sur la langue qu’il cherche à rendre la plus actuelle possible de manière à ce qu’elle résonne aujourd’hui.

Avoir choisi une pièce qui se situe à un point charnière de l’histoire russe et la jouer aujourd’hui. Ce texte trouve-t-il un écho à l’heure actuelle ?

Sarah : Il y a dans les prémisses de cette révolution des éléments qui sont très actuels. Les questions que l’on peut se poser sur l’artiste, son rôle dans la société par exemple.
Avec les gilets jaunes, on voit que se pose la question de l’acceptation des changements.

Comment le texte aborde-t-il la question du rôle social de l’artiste ?

Sarah : Le personnage d’Éléna prône que l’artiste doit être au service de l’humain. Tout en aidant à vivre par la beauté, il doit inciter les autres à prendre conscience de leurs sentiments alors que Vaguine, l’artiste, n’en a rien à faire de ce que les autres pensent. Il crée pour lui seul. Je pense qu’il est juste de soulever la question dans nos sociétés qui sont devenues narcissiques.

Et le jeune scientifique ?

Sarah : Lui, il veut faire évoluer le monde par la chimie. Pour lui, la science peut vaincre la misère. Et mon rôle, en contrepartie, est de dire : « Il faut cesser de parler et de rêver. Il faut descendre dans la rue et aider les gens. Il faut agir immédiatement car la situation est critique.

C’est le message de Gorki ?

Sarah : Gorki a vu les gens dans la rue, il a vu la haine, la violence qui sourdait, les gens enragés et la jouissance de se détruire et c’est ce qu’il a voulu mettre dans les yeux de Liza.

Dans la pièce, le cholera est-il un signe de l’urgence des changements dans la pièce ?

Sarah : La pièce a été écrite en 1905 alors que Gorki était enfermé à la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg juste après la Révolution. Le choléra a été la prémisse de toute la misère à l’origine de la Révolution.

Comment as-tu travaillé le personnage de Liza ?

Sarah : J’ai travaillé sur base de la proposition de Marie Bos qui était une proposition très forte et très juste. Je me suis calquée sur elle tout en adaptant à ma personne. C’est un personnage hyper-sensible par rapport à son environnement. Elle est le lien entre deux mondes, celui de la rue et le monde protégé dans lequel elle vit. Elle est la seule à voir les choses arriver et elle essaye de prévenir son entourage, de leur ouvrir les yeux sur les problèmes de pauvreté et la violence qui monte. Mais elle n’est pas écoutée. Le rôle me plait beaucoup. C’est un cadeau de pouvoir jouer ce personnage puissant et sombre aussi. Je trouve qu’on se rend vite aveugle de ce qui se déroule dans la rue. Les choses sont visible mais on a vite tendance à se mettre des œillères et ce que j’aime au théâtre, c’est de pouvoir interpeller.

Christophe Sermet a la réputation de laisser beaucoup de liberté aux comédiens… Qu’est-ce qui te plait sans le travail avec lui ?

Sarah : Le travail commence par des discussions autour de la table. Au cours des lectures, on se rend compte de ce qu’il veut faire passer dans le spectacle, les angles de vue. Lors du travail sur le plateau, sur base de nos propositions, il nous emmène là où il veut. Ses idées sont très claires et réfléchies. C’est aussi un très bon directeur d’acteur qui se met à la place du comédien. Il voit de suite les questions que l’on se pose. Ce qui me plait dans ses choix de mise en scène, c’est le mélange d’intime et de réflexion sur la société. Le questionnement renvoyé au public sur notre mission en tant qu’être humain. Pour ce rôle que j’ai repris, nous avons travaillé pendant un peu plus d’une semaine avec Christophe et l’équipe mais je m’étais préparée au moyen d’une captation du spectacle en essayant de trouver en moi ce que je pouvais délivrer comme crise d’angoisse, comme nervosité et parfois aussi comme méchanceté mais toujours non gratuite.

La mise en scène est frontale. On a l’impression d’un décor dans le décor où l’action se passe aussi dans un arrière-plan de la scène moins visible…

Sarah : C’était déjà le cas pour Vania. Le public devient ainsi un miroir. C’est aussi une manière d’interroger le public

La pièce a énormément de succès. Ce qui plait au public c’est cette franchise des propos, le fait que les personnages, de manière insolite, se livrent sans retenue ?

Sarah : Oui, ils sont sans détours. « Je t’aime », « Je ne t’aime pas ». Ils s’avouent tout de manière très concrète. Et c’est très peu conventionnel.

Tu as travaillé en tant que comédienne pour le cinéma. Que préfères-tu, le théâtre ou le cinéma ?

Sarah : J’aime beaucoup les deux. Pour créer un rôle au théâtre, je vais me documenter sur le contexte, sur les mises en scène qui en ont été faites, sur l’auteur. Puis, il y a l’intégration du personnage en 5/6 semaines. Et ensuite, le rapport au public qui n’existe pas au cinéma et qui pour moi est très riche car c’est là qu’on apprend comment continuer à travailler. Au cinéma, tout se fait dans l’instant. Il y a peut-être un dialogue sommaire avec le réalisateur ou la réalisatrice et de suite le tournage arrive à une vitesse souvent fulgurante. Il y a moins d’espace pour la réflexion, la préparation. Ce qui est le plus difficile au cinéma, c’est que notre travail s’arrête à la prestation. Nous n’avons rien à dire en ce qui concerne le montage qui entre pour beaucoup dans la structure du film. Cela ne nous appartient plus. Mais ce que je trouve très beau au cinéma, c’est la possibilité rendre des émotions intenses en faisant le moins possible alors qu’au théâtre, il faut que le dernier spectateur puisse ressentie les nuances. Mais les deux sont riches et je ne pourrais pas choisir entre l’un et l’autre. J’aimerais faire plus de cinéma d’ailleurs.

Tu travailles déjà un prochain rôle ?

Sarah : Oui je répète actuellement pour un spectacle qui va se jouer au Varia en début de saison prochaine. Il s’agit d’une adaptation de cinq films de François Truffaut dans lesquels il retrouve le personnage d’Antoine Doinel et qui est mis en scène par Antoine Lubin, un grand fan de Truffaut et adapté par Antoine Lubin et Thomas Depryck. Mon rôle est celui de la femme d’Antoine Doinel, Christine Darbon.

Qu’est-ce qui intéresse Antoine Lubin dans le personnage d’Antoine Doinel ?

Sarah : C’est quelqu’un qui fuit le monde dans lequel il vit et qui en même temps parle à beaucoup de gens. Et puis on traverse des périodes différentes de la vie, l’enfance, la rencontre amoureuse et les questions que l’on se pose sur le mariage, le désir d’enfants. Il y a le rapport son rapport à son travail aussi qui est très intéressant…

Propos recueillis par Palmina Di Meo

Théâtre des Martyrs


Place des Martyrs, 22
1000 Bruxelles