Intérieur voix

Ixelles | Théâtre | Rideau de Bruxelles

Dates
Du 3 au 14 décembre 2019
Horaires
Tableau des horaires
Rideau de Bruxelles
Rue Goffart, 7 A 1050 Ixelles
Contact
http://www.rideaudebruxelles.be
contact@rideaudebruxelles.be
+32 2 737 16 00

Moyenne des spectateurs

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Nombre de votes: 3

Intérieur voix

En 2001, alors que je joue Athena, je sens ma voix se fêler. Durant sept années, je ne pourrai plus parler normalement…
Ce spectacle livre mon témoignage entremêlé d’autres voix. Des voix amicales pour élaborer cette traversée sonore. Isabelle, conférencière hors pair qui transmute le savoir en poésie. Raymond, pour qui tout son est déjà mémoire et art. Pierre, acteur et auteur dont l’art est toujours investi d’exigence et d’humanité.
Delphine Salkin

Prix de la critique 2015
Création artistique et technique
Raymond Delepierre

Coup de cœur pour cette pièce. LE MAD
Petit chef d’œuvre de sensibilité et d’intelligence. RTBF.BE
La pièce zigzague entre la performance, la vidéo, le théâtre et l’humour. LE SOIR

DÉBAT DU BOUT DU BAR
JE 05.12 – après le spectacle
Avec l’équipe du spectacle et un invité témoin.

PASSez [souvent] à la Maison
Des formules souples… à utiliser seul ou à plusieurs.
PASS 9 À 99 : 9 places pour 99€
Carnet 3 : 3 places pour 45 € [30 ans et +] 24 € [-30 ans]

Ou la formule plus classique
ABONNEMENT
Avant le 1er juillet : 8 > 13€/place [5 spectacles ou +]
À partir du 1er juillet : 9 > 15€ [3 spectacles ou +]

Distribution

Un projet de Delphine Salkin
En création collective avec Isabelle Dumont, Pierre Sartenaer et Raymond Delepierre
Avec Raymond Delepierre, Isabelle Dumont, Delphine Salkin et Pierre Sartenaer

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2 Messages

  • Intérieur voix

    Le 6 décembre 2019 à 18:57 par linda2

    Sous la loupe, un sujet qui peut concerner chacun de nous ... son impact psychologique, social, professionnel et personnel... un sujet sérieux rendu plus léger car il nous est partagé avec beaucoup de sensibilité et d’humour.
    Une pièce très originale de par les multiples approches ; jeu des acteurs, jeux de sons ... et de voix, enregistrements sonores, vidéos, ...
    Une prestation vraie/sans prétention de chacun des comédiens.
    Une pièce accessible à tous.

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  • Intérieur voix

    Le 8 décembre 2019 à 21:58 par Vlle moro maria

    J’ai adoré. Un sujet si POIGNANT SI DÉCONCERTANT dont la mise en scène donne l’impression par moment que le public assiste à une conférence sur le sujet "voix". On réalise l’importance de notre corps, de notre cavité sonore que lorsque nous en sommes dépourvue. Traumatisme personnel, social, profesionnel.... Les comédiens fabuleux.

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Samedi 7 décembre 2019, par Jean Campion

Une Reconquête VITALE

Diplômée de l’INSAS en 1989, Delphine Salkin menait une carrière de comédienne au théâtre et au cinéma. En septembre 2001, sur une scène de Montréal, elle jouait le rôle d’Athéna dans "L’Orestie" d’Eschyle. Tout à coup, en prononçant le mot "loi", sa voix dérape. A peine audible, cette fausse note se répète lors des représentations suivantes. Quelques semaines plus tard, la comédienne est aphone. Le début d’un calvaire de sept ans, qui lui a inspiré "Intérieur voix". "Cette extinction de voix, je n’ai pas voulu la traverser seule, ni pour moi seule. De par sa nature même, ce projet impose que je fasse appel à d’autres voix que la mienne."

Ses "porte-voix" saluent le public, alors que Delphine, avec un petit sourire, nous montre l’ardoise, où elle a écrit : "Bonsoir". En racontant sa traversée du désert, Pierre Sartenaer, Isabelle Dumont et Raymond Delepierre (créateur sonore) vont mettre en valeur le rôle capital et la beauté fragile de la voix. En 2003, on opère Delphine d’un kyste situé dans le pli vocal gauche. En vain. Aucun médecin n’arrive à expliquer pourquoi sa voix continue à se dégrader. Une énigme qui incite Isabelle Dumont à nous révéler la complexité de l’appareil phonatoire. Démonstrations gestuelles, confrontation du larynx de différents chanteurs, matérialisation d’une onde sonore. Avec passion, elle nous explique comment l’Homo vocalis a transformé le souffle en sons et pourquoi nous avons du mal à reconnaître notre propre voix, alors que son timbre est unique. Comme nos empreintes digitales. En contrepoint de cette mini-conférence, Delphine Salkin nous sensibilise à l’impact des enregistrements. Nostalgiques, comme ces échos de fête familiale ou éprouvant comme ce "Joyeux anniversaire" péniblement chantonné.

Elle se bat avec acharnement pour sortir de ce drame. Excédés, ses comparses énumèrent les multiples rendez-vous avec une ribambelle de médecins, qui débouchent sur des diagnostics décourageants. En faisant grimacer leur voix, ils prennent plaisir à tourner en dérision les conseils de certains "spécialistes". Lu par Pierre Sartenaer, le Journal de Delphine reflète la frustration d’une femme marginalisée, incapable de soutenir une conversation et la détresse d’une comédienne, privée de tout travail rémunéré.

Sur scène, elle n’incarne pas un personnage, mais représente le sujet du spectacle. Son mutisme lui pèse. On la voit doubler la gestuelle d’une actrice de film muet. Tout à coup, elle se saisit d’un micro et se déchaîne dans un play-back rageur de Janis Joplin. Paradoxalement, cette épreuve lui fait aussi découvrir la vertu du silence. En 2008, elle subit l’opération de la dernière chance. Huit jours sans parler, pour permettre la cicatrisation. Accueillie avec bienveillance dans une abbaye, elle retrouve la sérénité.

En mêlant illustrations scientifiques, archives familiales, vidéos, créations sonores, extraits de protocoles médicaux, Delphine Salkin et son équipe font vivre une oeuvre hybride et pertinente. Même si on aurait pu se passer d’anecdotes comme l’invention du "phonautographe" ( un appareil qui représente les sons sur papier, sans permettre de les écouter), la partie documentaire est attrayante. Elle nous fait comprendre que la voix "qui s’enracine dans le corps et s’en échappe", est notre visage sonore. "Intérieur voix" souligne aussi l’importance du rôle inconscient qu’elle joue dans nos vies. Pour éviter le piège de la complaisance ou de l’apitoiement, Delphine Salkin n’a pas voulu raconter l’histoire de sa voix perdue et laborieusement retrouvée, en solo. Soutenue par des complices chaleureux, elle a distillé son témoignage dans un spectacle tonique. Un bel hommage à la voix.

Jean Campion

Vendredi 13 décembre 2019, par Palmina Di Meo

"Intérieur voix", rencontre avec Delphine Salkin et Isabelle Dumont

Intérieur Voix - Reprise du spectacle créé il y a 5 ans au Rideau à partir de matériaux documentaires et d’archives personnelles de Delphine Salkin. Dans un autoportrait, Delphine, actrice, raconte son expérience de perte de voix et son long parcours vers la reconstruction de toute une vie.

Delphine Salkin, la perte de votre voix a duré 7 ans vous empêchant d’exercer votre métier d’actrice. Comment cela s’est-il produit ? Cela a commencé lors de représentations au Québec...

Delphine Salkin : J’étais en tournée avec un très beau rôle, celui d’Athéna dans « L’Orestie » d’Eschyle. Et je prenais aussi en charge le chœur. J’avais donc beaucoup de matière textuelle. Les premiers mots d’Athéna sont : « J’ai entendu de loin l’appel d’un cri ». Athéna qui est la déesse de la justice dans le monde grec, est aussi celle qui instaure le premier tribunal humain. Dans la pièce, elle dit qu’elle vient du père et non de la mère et qu’elle va sauver Oreste (qui a tué sa mère) en lui donnant un vrai procès pour qu’il ait une chance de ne pas être mis à mort. C’est donc son vote qui va le sauver et consacrer le premier tribunal humain soutenu par une déesse. Ce qui est étrange, c’est que ma voix a commencé à se « défiler » alors que je disais « Écoutez ma loi, citoyens de l’Attique qui êtes les juges du sang versé ». Dans le mot « loi », le son « oi » est plus difficile à émettre quand on a des problèmes de voix. Il est donc normal que ce soit sur ce mot que ma voix ait commencé à filer et aussi parce qu’il y avait une musique qui grimpait, et aussi parce que j’avais un corset hyper serré, et aussi j’étais enceinte ! Tout cela a fait que je ne me suis pas inquiétée au premier abord et puis j’ai pu immédiatement replacé ma voix.
Le lendemain (c’était la dernière) exactement au même endroit, ma voix a filé. C’est paniquant quand on a un rôle si fort dans lequel on est supposé avoir autant de pouvoirs.

Mais ma voix est revenue. On a pris l’avion... C’était l’époque des attentats du 11 septembre, nous étions sur un sol américain et nous avions vécu de manière très proche les attentats... Reprendre l’avion était impressionnant... Le contexte a donc fait que je suis tombée malade comme on peut l’être quand on souffre d’un refroidissement et que l’on devient aphone. Je n’ai donc pas fait le rapport avec Athéna. Je suis rentrée du Canada un peu choquée par les événements du 11 septembre, malade, fatiguée, aphone, enceinte... Mais la voix n’est jamais revenue. Après 6 mois et un accouchement, il y a eu un long périple médical. J’ai été prise en main par des spécialistes alors que je n’y connaissais rien. La durée habituelle des pertes de voix est de un an... Deux ans... Trois ans maximum, le temps de passer en chirurgie ou en rééducation avec un logopède.

Dans mon cas, il y a eu une première chirurgie qui ne m’a pas aidée et j’ai continué ce ballet de médecins dont les uns me disaient de voir un psy, les autres de pratiquer le chant, de travailler les résonateurs... C’est ce périple qui est raconté dans le spectacle non pour jouer les victimes mais pour partager cette absence, pour témoigner de la disparition sociale dans laquelle où se retrouve.
Dans mon cas, je ne pouvais plus exercer mon métier !

J’ai donc perdu d’un coup toutes mes activités : je faisais des courts métrages, de la radio, du doublage, je jouais au théâtre... C’est toute une vie qui disparait !
Et personne ne réalise vraiment. On vit dans une grande solitude.
Vu que ce n’est pas une maladie grave, les médecins ne prennent pas la mesure du problème. J’ai consommé énormément de cortisone et de médicaments divers...

Le spectacle est composé de matériaux divers, des extraits filmés, des diagnostics... Comme tout cela s’est-il agencé ?

Delphine Salkin  : Isabelle Dumont a lu les textes que j’avais écrit alors que je n’avais pas encore retrouvé ma voix et c’est elle qui a trouvé intéressant d’en faire un spectacle avant ma deuxième opération. Le spectacle est donc né aussi de la retrouvaille avec la voix, de l’envie de partager une connaissance sur les résonateurs, sur un handicap qui n’est pas visible. Sans être muet, on est en état d’aphonie sévère mais en gros tout le monde s’en fiche. C’est vraiment Isabelle qui s’est emparée de tout cela. Je n’aurais jamais songé à en faire quelque chose d’artistique. J’étais dans les ténèbres de cette perte. Mais l’écriture est devenue ma liberté. J’avais l’impression de me réentendre dans l’écriture. J’ai aussi récupéré auprès du médecin qui me suivait l’ensemble de mon dossier, en vrac ! Ce bilan médical a été une matière incroyable avec des notes personnelles du médecin telles « Delphine se plaint encore », « Patiente en dépression, ...

Isabelle Dumont : Il s’agit d’un travail collectif où on a décidé de commun accord que Delphine ne parlerait pas et qu’elle nous délèguerait sa parole. Raymond Delepierre qui signe le son est sur le plateau, pas seulement pour faire du son mais en tant que porte-parole de Delphine. L’option étant de prendre son histoire de manière emblématique de la même façon que le personnage d’Athéna peut être une figure mythique. À travers une expérience singulière, on a voulu rendre compte de cet instrument qu’on a tous de manière tellement évidente : la voix.

Cette perte de voix, a-t-elle ouvert d’autres perspectives ?

Delphine Salkin  : Ce qui est perdu est perdu. Sans voix, je n’avais aucun métier. J’ai travaillé dans l’édition, Mais même dans l’édition il faut téléphoner. J’avais aussi des enfants en bas âge que je n’ai jamais voulu sacrifier. Mais donner le change me demandait beaucoup d’efforts physiques. Ceux qui ont perdu la voix savent que dans l’effort on a mal au dos, au cou, parfois on a le hoquet parce qu’on ne peut plus respirer correctement. Dans le spectacle, on raconte ces phénomènes naturels, cette incroyable mécanique. Et ce n’est qu’en retrouvant la voix que j’ai pu trouver « ma voie » car j’ai retrouvé une énergie de dingue que je n’avais pas avant. Je suis dans une gourmandise des choses... La mise en scène est une forme d’écriture pour moi. Je ne dépends de personne (si ce n’est du producteur et d’argent), je n’attends pas qu’on m’appelle pour être en scène et me faire entendre.

La voix est liée à l’identité et à la personnalité. As-tu eu l’impression de perdre plus que ta voix ?

Delphine Salkin : On en parle dans le spectacle. La voix c’est l’identité humaine, c’est un sixième sens presque. La voix est unique comme les empreintes digitales. On essaye aujourd’hui de créer des voix artificielles mais on n’y arrive pas car les nuances et les aspérités de la voix sont impossibles à reproduire.

Cette voix que tu as retrouvée, est-elle différente, a-t-elle évolué ?

Delphine Salkin : Ma voix a changé, oui. Le timbre est le même mais elle est plus irrégulière qu’avant, avec quelque qui n’est pas fiable.

Aujourd’hui tu formes des acteurs...

Delphine Salkin : C’est la première chose que j’ai faite quand j’ai retrouvé la voix. J’ai voulu retrouver le théâtre par la transmission. J’ai été chargée de cours dans une école supérieure et au cours Florent à Paris. C’est pour moi une grande joie même si j’ai toujours ce petit inconfort vocal mais ma voix résiste très bien. J’ai donné énormément de cours l’année dernière. Car le théâtre est synonyme de liberté et offrir une liberté de soi, cela me touche particulièrement.

Crédit photos : Herman Sorgeloos

Propos recueillis par Palmina Di Meo

Rideau de Bruxelles


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