En une nuit

Ixelles | Théâtre | Théâtre Varia

Dates
Du 29 novembre au 10 décembre 2022
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre Varia
Rue du Sceptre, 78 1050 Ixelles
Contact
http://www.varia.be
reservation@varia.be
+32 2 640 35 50

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En une nuit

Dans la nuit du 1er novembre 1975, Pier Paolo Pasolini a été assassiné sur la plage d’Ostie, près de Rome, dans des conditions qui, aujourd’hui encore, demeurent largement inexpliquées. Près de cinquante ans plus tard, quatre artistes se retrouvent sur une scène de théâtre. Plongeant dans la nuit de ce meurtre, iels cherchent à en faire un spectacle. Oui, mais lequel ? Quelle histoire raconter, et comment ?  

En une nuit n’est pas un spectacle comme les autres. C’est, plutôt, le laboratoire d’un théâtre à inventer. Sur scène, les acteur·rices bousculent les récits linéaires et nous embarquent dans leurs rêves, leurs questionnements, leurs désaccords. Ensemble, iels engagent leurs corps à la recherche de nouveaux affects, et jouent comme des enfants, voguant joyeusement entre leurs espoirs et leur réalité. Plongeant dans l’héritage et les combats de Pasolini, iels revisitent les scènes, croisent les hypothèses, additionnent les possibles, et imaginent une œuvre à l’écriture collective, bouillonnante et inachevée, d’une incroyable vitalité face aux enjeux de notre temps. 

Artiste furieux et éclectique, à la fois poète, dramaturge, cinéaste et journaliste, Pasolini n’a cessé d’alerter ses contemporains sur le péril qu’encouraient les cultures paysannes et ouvrières. Il laisse derrière lui une œuvre foisonnante et inquiète, traversée par la disparition annoncée de tous ces modes de vie fragiles, ceux des faubourgs des grandes villes, et des villages ruraux de l’Italie profonde. Tous ces dialectes, ces folklores qu’il défendait, face à la violence uniformisatrice du consumérisme mondialisé. Tout un monde qui est “mort avec lui”, en une nuit. Que faire de ces existences, de ces langages, de ces corps, aujourd’hui disparus ? Comment réactiver cet héritage dont nous avons été privé·es, pour raconter une nouvelle Histoire de notre monde, du côté des vaincu·es ? Comment déjouer nos pessimismes et nos nostalgies, pour trouver dans notre passé de puissants élans de transformation et inventer, pour l’avenir, de nouveaux actes de résistance ? 

Distribution

Ferdinand Despy, Simon Hardouin, Justine Lequette, Eva Zingaro Meyer

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4 Messages

  • En une nuit - Notes pour un spectacle

    Le 12 novembre à 23:46 par Vanessa Allein

    D excellents acteurs, une pièce vivante et dynamique même si le fil conducteur n est pas toujours clair. La mise en scène semble parfois brouillon et on ne sait pas trop ou l’on emmène le public.
    Un agréable moment.

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  • En une nuit - Notes pour un spectacle

    Le 19 novembre à 07:57 par Benoit Marchal

    Bonjour, je voulais remercier les acteurs pour ce magnifique voyage dans l’œuvre de Pier Pablo Passolini. Ils ont tous été brillants en jouant une pièce et un texte complexe. Leur créativité dans cette mise en scène est expérimentale mais a permis de passer d’une note à une autre, d’une idée à une autre. Les messages de Passolini qu’ils ont fait passé sont actuelles et ho combien remplis d’enseignements. Je recommanderai fortement cette pièce. Merci.

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  • En une nuit - Notes pour un spectacle

    Le 22 novembre à 22:04 par Blabla

    Quand on ne connait pas l’œuvre de Pasolini, ce spectacle peut nous ouvrir des portes. Cependant, le sens de certaines scènes nous a paru obscur. Peut-être ne connaissions-nous pas assez la vie et le travail de cet artiste ?

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  • En une nuit - Notes pour un spectacle

    Le 3 décembre à 12:02 par Florence Guyot

    Formidable création, imaginative, vivante, enjouée, une alternance d’émotions, de questionnements et de rires. D’une grande intelligence. Les acteurs sont remarquables. Ils nous captivent dès la première scène et nous transportent dans leur univers pendant deux heures.

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Jeudi 1er décembre 2022, par Didier Béclard

Croquis d’un spectacle

Quatre comédiennes et comédiens esquissent ce que pourrait être une pièce qui plonge dans l’héritage et les combats de Pier Paolo Pasolini. Ils racontent un monde disparu qu’ils n’ont pas connu et s’en inspirent pour questionner les enjeux du monde d’aujourd’hui.

Assise sur un banc, une Italienne, blonde, un peu fantasque, raconte en italien (surtitré en français, à l’exception de quelques digressions emportées et peu amènes) Pier Paolo Pasolini. Dès leur première rencontre, elle en est tombée amoureuse et l’est restée toute sa vie. Même si rien n’a jamais été possible entre eux si ce n’est travailler ensemble.

Quittant le Frioul et le dur monde paysan, le poète, écrivain, journaliste, scénariste et réalisateur a pris Rome comme une claque dans la figure. Pauvre, il vivait avec sa mère dans les borgate (faubourgs) des quartiers dits « informels » construits par les habitants en manque de logements. Il y découvre le monde de la périphérie peuplée de chômeurs de trafiquants, de drogués d’ivrognes, de prostituées et sa culture de sous-prolétariat.

Celle-ci a complètement disparu, écrasée par le développement de la société de consommation et la marchandisation de la vie dans les « Trente Glorieuses » de l’après guerre. Il vit ce « cataclysme anthropologique » dans son corps, dans sa chair, estimant que « cinq ans de bien-être ont plus détruit que vingt ans de fascisme ». Dans deux de ses ouvrages, Pasolini constate que « des années 1960 aux années 1970 (en une nuit au regard de l’histoire), la société italienne a changé de façon définitive ».

Prenant le relais, un homme qui s’abrite sous un parapluie qui l’éclaire, explique le principe des notes et le concept de la pièce. En 1968, Pasolini tourne en Afrique le film « Carnet de notes pour une Orestie africaine ». Sorte de note d’intention filmée, il y explique ses choix, montre les lieux de repérage, les castings possibles. Bref, il propose un croquis, dessin rapide sans détail pour dégager l’essentiel du sujet, du film qu’il prépare.

Dans cet exercice, il utilise une forme nouvelle : les « appunti » ou « notes pour » où coexistent documentaire et fiction. Et c’est ce procédé que les quatre auteurs, comédiennes et comédiens (Ferdinand Despy, Simon Hardouin, Justine Lequette et Eva Zingaro-Meyer) ont choisi de transposer au théâtre sous la forme d’un spectacle réel contenant un spectacle imaginé, décrit au public dans ce qu’il pourrait être.

« En une nuit – Notes pour spectacle » s’inspire de la dernière phrase du film « Le Décaméron » (1971) de Pasolini : « Pourquoi réaliser une œuvre quand il est aussi beau de simplement l’imaginer ? ». Il détaille le projet de création, par un collectif de quatre artistes, d’une pièce qui part de la nuit du 2 novembre 1975, la nuit décisive de l’assassinat du poète sur un terrain vague d’Ostie, « la banlieue de la banlieue », et la disparition du monde qu’il aimait.

Sur scène, se succèdent différentes étapes de la création d’un spectacle nocturne qui durerait douze heures. Le point de départ, un cadavre sur le sol d’un terrain vague. Les réflexions sur les différentes manières de présenter une histoire – tragédie, enquête policière, processus politique – qui véhiculent, chacune, un sens différent. Les ajouts qui pourraient affiner le trait comme la description crue de l’état du corps meurtri, afin de ne pas donner une image trop romantique de l’événement, ou la tentative de reconstitution de la dernière interview de Pasolini, la veille de sa mort, qui souligne nombre de contradictions de son « combat en solitaire contre beaucoup de choses ».

Tant le collectif sur scène que les personnages qu’il interprète sont très au fait de l’univers et de l’œuvre de l’auteur italien. La pièce est émaillée de nombreuses paroles, prises de position, références (comme par exemple, la parade du cinéma pasolinien), sans faire l’impasse sur ce que sont parfois les affres de la création collective, les discussion sans fin, les frictions entre les différents intervenants. Avec, toutefois, quelques pointes d’humour qui attestent que ce n’est pas parce qu’on évoque Pasolini que ce doit être rébarbatif.

Loin de toute affirmation péremptoire, les quatre comédiennes et comédiens privilégient l’exploration des possibles, les questionnements, les tentatives, les tâtonnements. Et l’esquisse qui en résulte va au-delà de l’envie de simplement produire une spectacle qui donne à voir le théâtre en train de se faire. Il s’agit pour les artistes, nés dans les années 1980 et 1990 et qui ont en commun d’avoir des arrières grands parents paysans, de renouer avec un monde paysan, prolétaire et sous-prolétaire, annihilé par un système capitalistique omnipotent (« avoir, posséder, détruire »), qu’ils n’ont pourtant pas connu.

Habités par l’obsession de Pasolini d’alerter ses contemporains sur la disparition de ce monde, ils ambitionnent de remettre au goût du XXIe siècle son attachement au refus « qui a toujours joué un rôle essentiel, disait-il. Les rares qui ont fait l’histoire sont ceux qui ont dit non ». Ils sont persuadés qu’un autre monde est possible, nécessaire, et que le poète italien les amène à « faire un détour par le passé pour analyser notre présent et penser le futur ».

Didier Béclard

« En une nuit – Notes pour spectacle » de et avec Ferdinand Despy, Simon Hardouin, Justine Lequette et Eva Zingaro-Meyer, jusqu’au 10 décembre au Studio varia à Bruxelles, 02/640.35.50, varia.be.

Du 31 janvier au 4 février 2023 au Théâtre de Liège, les 7 et 8 février 2023 à la maison de la Culture de Tournai, du 9 au 11 mars 2023 à l’Ancre à Charleroi.

Théâtre Varia


Rue du Sceptre, 78
1050 Ixelles