Cinglée

Ixelles | Théâtre | Rideau de Bruxelles

Dates
Du 10 au 26 octobre 2019
Horaires
Tableau des horaires
Rideau de Bruxelles
Rue Goffart, 7 A 1050 Ixelles
Contact
http://www.rideaudebruxelles.be
contact@rideaudebruxelles.be
+32 2 737 16 00

Moyenne des spectateurs

starstarstarstar-halfstar-off

Nombre de votes: 6

Cinglée

En Belgique, une femme est massacrée tous les huit jours. Pourtant, quelque chose de puissant résiste devant l’ignominie : ces crimes continuent à être relégués comme des “faits divers” isolés les uns des autres.
Comment comprendre le silence qui entoure les faits glaçants dont nous sommes les témoins ? Qu’est-ce qui nous définit en tant que sujets humains devant le crime ? Notre capacité à nous “mettre à la place de l’autre” peut-elle être le levier de toute humaine révolte ?
Le féminicide ne s’arrêtant pas à la frontière linguistique, le spectacle sera sur-titré en néerlandais.
Céline Delbecq

DÉBAT DU BOUT DU BAR
JE 17.10 – après le spectacle
Avec l’équipe de création et un invité témoin.

PASSez [souvent] à la Maison
Des formules souples… à utiliser seul ou à plusieurs.
PASS 9 À 99 : 9 places pour 99€
Carnet 3 : 3 places pour 45 € [30 ans et +] 24 € [-30 ans]

Ou la formule plus classique
ABONNEMENT
Avant le 1er juillet : 8 > 13€/place [5 spectacles ou +]
À partir du 1er juillet : 9 > 15€ [3 spectacles ou +]

Distribution

Avec Yves Bouguet, Stéphane Pirard, Anne Sylvain, Charlotte Villalonga

Écriture et mise en scène Céline Delbecq

Laissez nous un avis !

3 Messages

  • Cinglée

    Le 12 octobre à 12:44 par lucienne

    Extraordinaire !!!!!!! sensible, subtil
    Merci à l’auteur de parler de cette problématique.
    Il faut voir ce spectacle. On en sort bouleversé.

    Répondre à ce message
  • Cinglée

    Le 13 octobre à 01:58 par afrg

    Sujet grave mais abordé par un biais original, pas plombant. Mise en scène sobre et efficace. Remarquable interprétation de la comédienne principale. A voir !

    Répondre à ce message

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
    Se connecter
Votre message

Lundi 14 octobre 2019, par Jean Campion

Arrêterons-nous l’hémorragie ?

"Qu’est-il nécessaire de dire aujourd’hui ? Cette question pousse Céline Delbecq à s’attaquer, dans ses pièces, à des problèmes qui minent notre société et justifient les engagements de la dramaturge. Cependant, elle "n’aime pas que les personnages ( ou les acteurs) soient plus intelligents que le spectateur : la naïveté fait entendre l’évidence." Dans ’L’Enfant sauvage" (2016), "un homme" se démarque de la foule indifférente, en s’intéressant à une fillette abandonnée et nous raconte la réalité qu’il découvre derrière les mots : accueil d’urgence, enfants du juge, home, adoption, administration... Marta, l’héroïne de "Cinglée" ignore totalement les luttes féministes. Mais bouleversée par les violences conjugales, elle refuse de rester passive et se déconnecte d’un monde résigné.

Parcourant le journal, elle était tombée sur un article titré : "Le Premier crime conjugal de l’année 2017 en Belgique". Premier laissait entendre qu’il y en aurait d’autres. Effectivement, quelques jours après Carmen Garcia Ortega, Florence Koot mourait sous les coups de son mari. "Ces deus femmes qu’elle ne connaissait pas et qui, tout à coup, devenaient si familières parce qu’elles étaient deux." Le journal noyait ces assassinats dans les statistiques : un tous les huit jours en Belgique, un tous les trois jours en France. Heurtée par cette banalisation, Marta Mendes s’abonne à dix-huit journaux francophones et flamands, qu’elle décortique fébrilement, pour en extraire les articles relatant des féminicides. Elle les affiche et dresse une liste précise des victimes, qu’elle apprend par coeur. Cette lutte acharnée contre l’oubli l’isole de ses voisins et fait enrager son fils Eduardo. Immigrée portugaise, qui a fui la dictature de Salazar, Marta adresse au roi Philippe des lettres pressantes. Peut-être que le "père" de la nation arrêtera ce massacre.

Le soir de Noël, elle écoute attentivement son discours. Pas la moindre allusion à ses appels. Cette déception ne la dissuade pourtant pas de multiplier les messages à Sa Majesté. Mais elle se laisse engloutir dans un silence qui la rend folle. Devant son état de santé qui se dégrade, le médecin, appelé par son fils, avoue son impuissance. Cependant le combat forcené de cette femme contre le déni l’ébranle. Il revoit les traces de coups, la peur qui se lisait sur le visage de certaines patientes. Comme tout le monde, il s’est tu... Eduardo en a marre de poster ces lettres absurdes, mais n’ose pas trahir la volonté de sa mère.

Céline Delbecq a écrit "Cinglée" comme un cri de colère. Elle a ensuite tenté d’adapter ce récit au théâtre, en écrivant des dialogues. Un fiasco. C’est donc, en conservant cette forme narrative, qu’elle l’a mis en scène. Même si parfois Marta apparaît, soit par le corps, soit par la parole, Anne Sylvain ne l’incarne pas. Elle la laisse émerger de ce texte parfois ironique et souvent poignant. Avec une sobriété remarquable. Adoptant un rythme très soutenu, elle nous entraîne dans "la dégringolade" d’une femme simple, naïve, pleine de bon sens et capable de se mettre réellement à la place des victimes. Pas de pathos, mais un constat terrible : l’empathie et la lucidité de Marta la condamnaient à perdre pied dans un monde indifférent. Sous son détachement apparent, Anne Sylvain laisse percer l’indignation de l’autrice.

En écho à la liste des victimes répertoriées par Marta, Charlotte Villalonga et Stéphane Pirard évoquent, dans de brèves scènes physiques, soutenues par une musique angoissante, les menaces qui pèsent sur les femmes. L’évolution du décor imaginé par Thibaut De Coster et Charly Kleinermann marque les étapes du basculement dans la folie. Sa transformation finale débouche sur une image symbolique saisissante. Confirmation de l’ampleur du massacre des femmes. Révoltée par l’inertie ambiante et la médiocrité de certaines réactions, Céline Delbecq a voulu nous sensibiliser à cette ignominie. Objectif parfaitement atteint, grâce à l’impact d’un texte intelligent et à la maîtrise de son interprète.

Jean Campion

Rideau de Bruxelles


Rue Goffart, 7 A
1050 Ixelles