Birthday

Bruxelles | Théâtre | Théâtre de Poche

Dates
Du 9 au 30 juin 2022
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre de Poche
Chemin du Gymnase, 1 A 1000 Bruxelles
Contact
http://www.poche.be
reservation@poche.be
+32 2 649 17 27

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Birthday

« Si j’avais su que je ne pourrais pas avoir de péridurale… »

Ed, enceint de 9 mois, vient d’arriver à la maternité. La délivrance est proche. Avec Lisa, sa femme, cadre dans une entreprise et surchargée de travail, ils ont décidé d’inverser les rôles : c’est Ed qui porte l’enfant.
Ed, donc, va connaitre les affres de l’accouchement en attendant sa césarienne. Il est inquiet, grognon, injuste... Et la sage-femme imperturbable et l’obstétricienne, largement débordées par les urgences médicales, ne le rassurent pas beaucoup.

Autant qu’une comédie politique sur l’inversion des genres, Birthday est une vraie charge contre les préjugés, le racisme et l’hôpital public anglais, déserté, faute de moyens, par le personnel hospitalier.

Birthday, de Joe Penhall a fait un succès remarquable il y a trois saisons au Royal Court à Londres, qui est, décidément, une des grandes sources d’inspiration du Poche.

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Mardi 14 juin 2022, par Jean Campion

Quand le père devient mère

En découvrant "Birthday", Julie-Anne Roth a été conquise d’emblée par cette comédie jubilatoire de Joe Penhall. Avec son amie Marie Denarnaud, elle s’est empressée de la traduire. Une immersion dans l’écriture, qui l’a encouragée à la mettre en scène. L’auteur ne se contente pas de nous faire rire d’une situation extravagante, due à l’inversion des genres. "Il bouscule les clichés et la pensée dominante.", en nous invitant à imaginer le bouleversement des rapports entre femmes et hommes, si ceux-ci portaient la vie.

Ed se sent de plus en plus mal. Son ventre l’encombre, il a envie de vomir. Pas une infirmière pour le rasséréner. Quand sera-t-il libéré par cette foutue césarienne ? Lisa, sa femme, partage son inquiétude. En mettant au monde leur fils Charlie, elle a vécu un accouchement très douloureux. Elle s’efforce d’apaiser son mari, mais se montre maladroite et subit des reproches ridicules : en préparant sa valise, elle a oublié "son thé aux feuilles de framboisier". L’apparition d’une sage-femme ne les rassure pas. Alors qu’Ed et Lisa lui réclament avec insistance des calmants et des précisions sur le déroulement des opérations, Joyce, navrée, reconnaît qu’on ne maîtrise pas la disponibilité des médecins. Lors des visites suivantes, elle affolera Ed, en brandissant avec une nonchalance narquoise, un redoutable crochet, digne d’une torture médiévale et lui imposera une sonde. Cette nuit devient encore plus cauchemardesque, lorsque l’obstétricienne Natasha constate que le bébé est menacé par le cordon autour du cou. Heureusement, un bloc opératoire s’est libéré...

Isolé dans cette chambre sinistre, le couple se soutient et nous laisse entrer dans son intimité. La naissance de Charlie a été un choc pour Ed. Traumatisé par le ventre ensanglanté de sa femme, il s’est senti soulagé, en apprenant qu’elle ne pourrait plus avoir d’enfant. Mais le couple en désirait un deuxième. C’est pourquoi Ed est tombé "enceint". Une solution qui protège la carrière de Lisa. Cadre respectée, elle subvient largement aux besoins du ménage et pourrait même lui offrir un séjour à l’hôpital privé.

Ils se sont malheureusement fourvoyés dans un hôpital public. Joe Penhall stigmatise la décrépitude de cette institution anglaise, avec un humour acerbe. Comme Peter Nichols dans "Santré publique" (1972). Trop peu nombreux les médecins, prisonniers des notes à rédiger, sont incapables de respecter un horaire. Quand elle entre dans une chambre, Joyce (Nancy Nkusi) demande machinalement : "Vous avez été examiné ?". Sans ouvrir le dialogue. Cette sage-femme noire subit le racisme des patients qui reprochent au personnel black son insouciance. Natasha (Dominique Pattuelli) est une obstétricienne consciencieuse, mais bourrée de préjugés. Elle n’a pas voulu devenir gynécologue, parce que "C’est un monde d’hommes." Elle est très étonnée qu’un homme "enceint" ne soit pas homo. Cette femme qui met au monde des bébés n’a jamais désiré en avoir. Contrairement à Joyce, fière de ses quatre enfants.

Bien sûr, la situation saugrenue nous intrigue. Et l’on rit du ventre ballonné, de l’utérus artificiel et des simulacres de traitements barbares. Cependant, par la maîtrise de son jeu, Eno Krojanker réussit à rendre crédible et attachant ce personnage atypique. Anabel Lopez fait de Lisa une épouse bienveillante et solidaire. Elle tolère les caprices et les jérémiades de son mari aux abois, mais proteste violemment contre l’incurie des soignants. Par sa mise en scène énergique, Julie-Anne Roth s’est efforcée de dynamiser cette très longue préparation à l’accouchement. Dommage que la pièce s’essouffle à cause de la parenthèse des complications post-natales. En revanche, dans un dialogue nuancé, les héros se montrent conscients que la parentalité nourrit ET menace l’amour.
Comédie cocasse et entraînante, "Birthday" fustige les dérives d’un système hospitalier, égratigne certains préjugés et remet en question la vision patriarcale de la mère.

Jean Campion

Photos : © Prunelle Rulens

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