L'avare
2016-02-25

- Dates
- 2016-02-25 — 2016-03-26
- Lieu
- Théâtre Royal du Parc
rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles
Bruxelles - Institution
- Fiche du lieu
- Catégorie
- Théâtre
Tout cela est vrai. On le sait. On l’a déjà tant dit.
Alors que dire ? Peut-être ce qui m’a interpellé, personnellement, à la relecture récente de ce texte. La porte d’entrée que j’ai choisie pour le redécouvrir, faire en sorte qu’il me parle.
Avant d’en relire les premières lignes, alors que je savais qu’il était question que je le monte au Théâtre du Parc avec Guy Pion dans le rôle d’Harpagon, j’avoue avoir eu un petit stress : j’avais très envie de travailler au Parc, j’étais plus que ravi de travailler avec Guy et de l’imaginer en Harpagon, mais cette histoire de cassette allait-t-elle m’intéresser ?
Puis, après deux lignes, j’étais pris : je vibrais avec cette famille qui s’aime et se déchire, je m’attachais à ces ados si attendrissants et si insupportables, à ce père aigri mais touchant malgré tout et, surtout, je ressentais l’absence de cette mère défunte qui résonne dans chaque réplique. Le plateau devint alors, non plus cet endroit de passage indéfini qui permet de respecter l’unité de lieu, mais la pièce de vie centrale d’une maison concrète, un endroit où on se croise, on mange, on parle, on déballe, on s’engueule. Une maison avec une âme, qui jadis était habitée par un couple et ses deux enfants et qui est peu à peu partie à la dérive, devenant un lieu d’enfermement pour les jeunes et un terrain vague jonché de souvenirs pour le vieux.
Cette fameuse cassette, cette célèbre avarice, ont alors pris pour moi tout leur sens : la femme d’Harpagon étant morte, ses enfants luttant de toutes leurs forces pour briser les chaînes qui les attachent à lui, le vieil homme aigri se recroqueville sur son cher argent.
Il est donc question dans cette pièce de générations qui s’entrechoquent, d’incommunicabilité, d’une propension de l’homme à fuir les contacts humains si complexes pour se réfugier dans un insatiable besoin de possession. Avoir au lieu d’être. Comme tant d’entre nous… Ça y est, je suis pris au piège de mon exercice de présentation : impossible, vraiment, de ne pas parler des incroyables résonances de ce texte dans notre XXI ème siècle…
On pourrait déduire de ces quelques lignes que nous allons monter un Avare en costumes actuels et dans un décor contemporain… Nous ne le ferons pas. Nous nous attacherons simplement à rendre sur scène tout le souffle de cette jeunesse, toute l’ambiguïté d’Harpagon, toute l’intensité de ces déchirements familiaux, en un mot toute la pertinence de monter aujourd’hui cet Avare écrit il y a 350 ans.
Patrice MINCKE.
