Justesse poignante
2007-12-17 · Jean Campion
Plongés dans le noir qui éteint la dernière image déchirante de "Face de cuillère", on regrette d'entendre le crépitement des premiers applaudissements. Ils sont amplement mérités, mais brisent la fascination qu'exerce cette pièce magistralement interprétée par Deborah Rouach, meilleur espoir féminin.
Le décor est réduit: un sommier, un drap étalé et l'amorce d'un escalier. Cette ouverture vers le monde extérieur s'éclaire parfois...La vie continue ! Le plus souvent couchée ou assise, Face de cuillère, surnommée ainsi à cause de la forme de son visage, se déplace parfois avec difficulté, comme si elle cherchait une position plus confortable. Sa raideur est le seul signe de sa maladie.
Totalement habitée par son personnage, Deborah Rouach n'interpelle pas le public. C'est lui qui, subjugué par ce texte intérioroisé, la rejoint. Quand elle explique sa conception du rôle de la prière, puis qu'elle s'efforce de répondre aux questions posées par la mort, le monologue gagne en intensité. Intensité que les éclairages délicats et bien pensés soutiennent efficacement.
Le jury des Prix du théâtre a vraiment été bien inspiré en distinguant ce spectacle bouleversant de sobriété.
