“J’aime raconter des histoires”, voilà une déclaration passe-partout pour une chanteuse dont on n’attendrait pas à la regarder qu’elle crée de remous. Et pourtant, GiedRé est en passe de vous stupéfier ! D’abord comédienne, un temps élève du Cours Florent, elle enchaine petits rôles et pubs jusqu’en mai 2010 où se produit le tournant qui la voit investir le bar en bas de chez elle pour pousser la chansonnette le samedi soir. Le succès est immédiat, tout comme les rires aux éclats -parfois gênés- du public. Derrière la voix juvénile, les robes nunuches et la guitare qu’elle arbore, les paroles de GiedRé dépeignent la crudité de la réalité et les relations dans toute leur abjection. Cette veine aussi naïve que vitriolée, sans précédent ou presque pour une saltimbanque des mots a tôt fait de la faire remarquer : elle assure les premières parties de Raphaël Mezrahi et de Laurent Baffie et ouvre devant sept mille spectateurs le Printemps de Bourges 2012. Estomaquant par sa cruelle candeur, si pas par sa douce blondeur, elle horrifie son assistance autant qu’elle la rend hilare. Telle est sans doute la prouesse de celle qui cite George Carlin parmi ses références : quand le comique américain avait poussé la licence si loin que la Cour suprême des États-Unis s’était souciée de son cas, en ferait-on autant pour une femme au visage d’ange ? Quoi qu’il en soit, gifle salutaire, fou-rire salvateur ou condensé de mauvais goût, la question qui pourrait vous tarauder concerne ses inspirations. Réponse limpide de l’intéressée “Je ne fais que regarder. Je n’ai que des yeux et un stylo. Arrêtez de dire que c’est drôle ou complètement farfelu. C’est la réalité. Je n’arrive à voir que ça.” CONCERT DEBOUT _ Crédit photo: David Dain et Didier Fraisse