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	<title>Demandez Le Programme</title>
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	<description>Demandezleprogramme est un agenda culturel et interactif en ligne, qui permet la rencontre entre les lieux culturels, les internautes et les artistes.</description>
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		<title>Demandez Le Programme</title>
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		<title>Rencontre autour de DESPERADO</title>
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		<dc:date>2018-11-12T11:27:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Juliette F </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;La compagnie n&#233;erlandophone Tristero et la compagnie francophone Enerv&#233; s'associent pour jouer pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais Desparado, des auteurs hollandais Ton Kas et Willem de Wolf. Retour sur la traduction et la cr&#233;ation de ce spectacle, avec Youri Dirkx, Eno Krojanker, Herv&#233; Piron, Peter Vandenbempt en r&#233;sidence au Petit Varia. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment avez-vous d&#233;couvert ce texte ? D'o&#249; vient il ? &lt;br class='autobr' /&gt; Peter : En fait, je suivais les spectacles de Ton &amp; Willem dans les ann&#233;es '90, &#224; cette &#233;poque j'ai vu (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.demanderleprogramme.fr/-Focus-" rel="directory"&gt;FOCUS &lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://www.demanderleprogramme.fr/local/cache-vignettes/L150xH101/arton3278-8b02b.png?1699144586' alt='' class='spip_logo spip_logo_right spip_logos' width='150' height='101' onmouseover='' onmouseout='' /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La compagnie n&#233;erlandophone Tristero et la compagnie francophone Enerv&#233; s'associent pour jouer pour la premi&#232;re fois en fran&#231;ais Desparado, des auteurs hollandais Ton Kas et Willem de Wolf. &lt;br class='autobr' /&gt;
Retour sur la traduction et la cr&#233;ation de ce spectacle, avec Youri Dirkx, Eno Krojanker, Herv&#233; Piron, Peter Vandenbempt en r&#233;sidence au Petit Varia.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avez-vous d&#233;couvert ce texte ? D'o&#249; vient il ? &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : En fait, je suivais les spectacles de Ton &amp; Willem dans les ann&#233;es '90, &#224; cette &#233;poque j'ai vu Desperado et, il y a quelques ann&#233;es j'avais l'intention de le monter en NL. &lt;br class='autobr' /&gt;
J'avais demand&#233; &#224; l'un des deux &#233;crivains si on pouvait avoir les droits pour jouer &#231;a en Belgique, en transposant en flamand (parce que c'est un texte avec une &#233;criture hollandaise, voir m&#234;me amstellodamoise). Mais un des deux &#233;crivains n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse tout de suite&#8230; Entre temps le deuxi&#232;me m'a rappel&#233;, fort emb&#234;t&#233;, me disant que le Toneelhuis &#224; Anvers avait demand&#233; &#224; avoir les droits, et que son coll&#232;gue avait tout de suite dit oui. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc j'ai &#233;t&#233; d&#233;&#231;u, pas f&#226;ch&#233;, mais d&#233;&#231;u. &lt;br class='autobr' /&gt;
Alors je lui ai dit que dans ce cas, je souhaitais tout de suite les droits pour la version fran&#231;aise. Il m'a dit &#171; oui ok , &#231;a va &#187;. Et voil&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais vous, Tristero, &#231;a vous arrive souvent de traduire ou de jouer en fran&#231;ais, non ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Oui on a d&#233;j&#224; jou&#233; en Fran&#231;ais plusieurs fois, par exemple quand on a cr&#233;&#233; &#171; Iemand van ons &#187; qu'on a jou&#233; en NL. C'est une pi&#232;ce &#233;crite par Peter partiellement et puis en groupe. Ensuite on a d&#233;cid&#233; de cr&#233;er une deuxi&#232;me version, en fran&#231;ais, en collaboration avec Transquinquennal. On a retravaill&#233; le texte, surtout la troisi&#232;me partie, la nouvelle version s'appelait &#171; L'un d'entre nous &#187; et a &#233;t&#233; jou&#233;e au Varia. Un autre exemple : Kristien de Proost, qui &#233;tait dans le noyau artistique de Tristero, a cr&#233;&#233; un monologue qui s'appelle &#171; Toestand &#187;, comme une esp&#232;ce d'auto-portrait, qu'elle a aussi traduit en fran&#231;ais par &#171; Au courant &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est parce que vous &#234;tes bas&#233;s ici &#224; Bruxelles, ou parce que vous avez l'habitude de travailler comme &#231;a, en fonction de l'envie ou du contexte ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Je suis n&#233; &#224; Bruxelles, c'est naturel pour moi, &#231;a d&#233;pend vraiment du projet. Mais en g&#233;n&#233;ral avec Tristero on bosse en NL. Mais quand on a des opportunit&#233;s, ou qu'on rencontre des gens avec qui on s'entend bien, comme les compagnies Transquinquennal ou Enerv&#233;, on se dit que c'est chouette aussi de collaborer en fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ici, c'&#233;tait donc un concours de circonstances&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Oui, en fait, &#231;a a permis de mettre l'histoire en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vous avez n&#233;goci&#233; le travail de fond, en constituant ce &#171; duo de duos &#187; ensemble ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : C'&#233;tait une forte volont&#233; de travailler ensemble d'abord. Ce n'&#233;tait pas une exp&#233;rimentation, Eno et Herv&#233; suivaient d&#233;j&#224; notre travail, et r&#233;ciproquement, et d&#233;j&#224; l&#224; on s'est dit que nos mondes pouvaient se rejoindre. Et ensuite ce texte est assez puissant, il implique des choses en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : Personne ne s'est dit &#171; nous, on va faire notre style sur ce texte &#187;, c'est le texte qui impose quand m&#234;me un style assez clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et comment vous avez commenc&#233; le travail de traduction ensemble ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Quand j'ai eu cette id&#233;e de faire Desperado en fran&#231;ais, je savais d&#233;j&#224; que j'avais envie de travailler avec la compagnie Enerv&#233;. Et c'est &#224; ce moment-l&#224; qu'on s'est mis d'accord pour une p&#233;riode de travail et qu'on s'est dit qu'on allait faire la traduction ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : Tu as quand m&#234;me commenc&#233; par une traduction de base, pour qu'on comprenne le sens g&#233;n&#233;ral, parce que notre niveau de n&#233;erlandais n'est pas incroyable du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Oui, l&#224; on parle d'un bout du d&#233;but, pour des raisons de promo, pour le pr&#233;senter au Varia et chercher les partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment avec ce texte, &#233;tant la base du travail, avez-vous r&#233;ussi &#224; combiner les sensibilit&#233;s et l'humour de chacun, et de vos collectifs au travers de la traduction ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : On a quand m&#234;me fait une traduction assez exacte du texte, la seule chose qui pr&#233;sentait un d&#233;fi, c'&#233;tait que le texte &#233;tait &#233;crit dans un jargon hollandais&#8230; Il fallait le traduire une premi&#232;re fois en flamand, pour ensuite aller vers le fran&#231;ais. C'&#233;tait comme une confrontation avec trois langues finalement. Mais on n'a pas vraiment chang&#233; le contenu du texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous n'avez pas r&#233;invent&#233; des expressions ? Retravaill&#233; des tournures de phrase&#8230; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : C'est &#224; dire que d&#233;j&#224;, dans le texte original, ils utilisent des expressions contamin&#233;es, comme &#171; partir en sucette &#187;, &#171; picoler comme un tonneau &#187; , il y a des moments o&#249;, par exemple, ils m&#233;langent deux expressions. Et &#231;a on devait d&#233;j&#224; le traduire &#224; notre fa&#231;on. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le fait qu'on ait traduit ensemble, a fait qu'on a pu directement travailler la dramaturgie, la langue, le rythme de la langue&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Ce qui est sp&#233;cifique au texte c'est qu'il n'a pas de ponctuation, c'est tr&#232;s rythmique, et &#231;a, on le respecte tous dans la pi&#232;ce, il y a vraiment une musicalit&#233;. Ce n'est pas rapide pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et toutes les phrases incompl&#232;tes, les b&#233;gaiements, les cafouillages dans le texte, &#231;a s'est pass&#233; comment pour transposer &#231;a ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Ben, on a quand m&#234;me bien mis du temps. On est repass&#233; plein de fois dessus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : On a fait plusieurs versions. Quand on en a eu une qu'on pensait pr&#234;te &#224; 90%, on a lu et relu avec d'autres gens, des francophones, qui ont quand m&#234;me donn&#233; des remarques au fur et &#224; mesure. Mais parfois on a discut&#233; pendant des heures sur deux ou trois mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Dans tout le texte, il n'y a pratiquement pas de &#171; situations &#187; comme quelqu'un qui dirait qu'il va chercher un truc, ou un malentendu par ce qu'un autre annoncerait qu'il arrive en retard&#8230; Il y a juste ces quatre gars, qui sont l&#224;, et ils attendent quelque chose&#8230; Mais dont on ne sait rien. Ils parlent pour tuer le temps, mais il n'y a pas d'action, il n'y a que le texte donc il doit &#234;tre parfait. &lt;br class='autobr' /&gt;
80% de notre travail c'&#233;tait de faire que ce texte soit bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : M&#234;me apr&#232;s qu'on l'ait appris par coeur, il y a eu encore des phases o&#249; on a remis certaines choses en question&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : Mais dans le jeu, sur le plateau, il y a des choses qui sortent instinctivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Oui, c'est en assimilant le texte aussi qu'on s'est rendu compte qu'il fallait parfois formuler autrement, ou changer des mots de place&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aur&#233;lia Noca (attach&#233;e de presse du Varia) : L'aspect d'une collaboration francophone - n&#233;erlandophone est aussi hyper chouette ici &#224; Bruxelles. Surtout que vous travaillez justement sur un spectacle qui est bas&#233; sur un texte qui &#171; cherche ses mots &#187;, o&#249; on voit que les personnages ont envie de dire plus que ce qu'ils disent oralement, je trouve que c'est vraiment int&#233;ressant, politiquement aussi. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Moi j'essaie de m'imaginer que je vienne voir &#231;a en tant que spectateur et que j'entende directement les diff&#233;rents accents, sans que l'on n'en parle jamais dans le texte, m&#234;me pas une seule phrase (Bah oui, parce que le texte n'a pas &#233;t&#233; &#233;crit pour &#231;a)&#8230; Je trouve que c'est chouette qu'il n'y ait pas cette question qui surgisse directement. (rires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aur&#233;lia : Oui justement, &#231;a apporte une richesse en plus au spectacle, parce que justement &#231;a n'y fait pas allusion. C'est juste 4 potes qui portent leur accent et peu importe . Ce qui compte c'est qu'ils aiment bien se retrouver parce qu'ils peuvent se parler, ils peuvent se causer malgr&#233; leurs petites diff&#233;rences. &#199;a raconte &#231;a aussi ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Pour moi, comme je suis un grand optimiste je me dis que &#231;a aide presque. Parce que le fait est que ces personnages ne sont quand-m&#234;me pas des grands bourgeois dans la pi&#232;ce, c'est des milieux un peu populaires, et c'est aussi des milieux ou tu retrouves les accents un peu dans tous les sens et sans les forcer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi une autre question qui d&#233;coule du fait qu'on soit &#224; Bruxelles : Dans pas mal de th&#233;&#226;tres, les pi&#232;ces sont accompagn&#233;es de sous-titres en n&#233;erlandais ou en fran&#231;ais. Vous avez pens&#233; &#224; re-traduire votre texte ? (rires) &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Oui on a pens&#233; au surtitrage, mais j'&#233;tais tout de suite contre, parce qu'ici, ce n'est que du texte, il fallait qu'il soit entendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Les sous-titres ne sont aussi, pour des raisons techniques, pratiquement jamais ce qu'on dit exactement. C'est toujours un peu synth&#233;tique et l&#224; on ne pourrait pas le faire, parce que tout repose sur le texte, sa rythmique, sa ponctuation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a aussi un d&#233;tail qui m'avait marqu&#233;e, c'est que le texte a &#233;t&#233; &#233;crit par un duo, vous &#234;tes aussi deux duos ensemble. &#171; &#202;tre deux &#187; c'est l'art du dialogue &#224; la base. Alors que l&#224; on n' est pas du tout dans une communication fluide entre les gens&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Oui &#231;a c'est vrai, et c'est li&#233; vraiment &#224; la fa&#231;on dont Kas &amp; Willem ont travaill&#233; sur base d'improvisations. Ce qui est int&#233;ressant en fait c'est la gen&#232;se de ce texte, ils sont all&#233;s sur une &#238;le en Hollande avec deux autres gars, et ils ont improvis&#233; sur leurs p&#232;res, en imitant leur mani&#232;re de parler, de d&#233;battre sur le monde&#8230; Probablement toujours en train de radoter, de se parler &#224; eux-m&#234;mes&#8230;Des hommes qui ne changeront jamais d'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : &#199;a c'est le c&#244;t&#233; assez moderne et int&#233;ressant de la pi&#232;ce, il n'y a pas de d&#233;but ou de fin, tu la prends &#224; un endroit mais elle pourrait continuer deux heures. Tu imagines qu'elle continue toute la nuit. Il n'y a pas tout ce qu'on demande quand tu dois faire un &#171; sc&#233;nario &#187;. Pourquoi faut-il toujours que les personnages &#233;voluent, dans un sens ? C'est des trucs de sc&#233;naristes qui ont d&#233;cr&#233;t&#233; que la vie &#233;tait comme &#231;a. Mais non enfin, tout le monde n'&#233;volue pas en fait, loin de l&#224;. C'est tr&#232;s moral de penser comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Finalement, leurs expressions, leur mani&#232;re de parler, c'est leur fa&#231;on d e s'approprier la langue, de se comprendre ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Oui, ils parlent une langue &#224; eux. C'est une langue qui n'est pas &#171; riche &#187;, mais qui leur appartient.&lt;br class='autobr' /&gt; Eno : Et ce qui est int&#233;ressant par l&#224;, c'est que les personnages parlent justement tous de cette m&#234;me fa&#231;on, on est embarqu&#233; dans leur univers linguistique &#233;trange. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils n'arr&#234;tent pas de reprendre des expressions, de se r&#233;p&#233;ter, de revenir sur les choses&#8230; c'est un langage entre eux&#8230;mais &#231;a se comprend tr&#232;s facilement aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : C'est vrai que quand on voit le texte &#233;crit, visuellement m&#234;me, il est tout &#224; fait cal&#233; &#224; gauche de la page : ils ne parlent pas en longues phrases &#233;loquentes. C'est des petites phrases parce qu'ils ne veulent dire que l'essentiel, tout en cherchant les mots, ils h&#233;sitent et ils parlent bien souvent de choses qui n'existent presque pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que l&#224;-dessus, se rajoute les codes st&#233;r&#233;otyp&#233; de &#171; cowboy &#187; &#224; proprement parl&#233;, fa&#231;on Hollywood ? Est-ce qu'ils essayent en plus d'employer le style des personnages qu'ils incarnent ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Pas vraiment, c'est plut&#244;t une forme de d&#233;calage absurde par rapport &#224; ce qu'ils sont en train de raconter, une couche en plus. &#192; la base, c'est plut&#244;t un portrait de leurs p&#232;res, donc pas sp&#233;cialement sur des cowboys. Donc la sensation qu'a eu Pierre (Sartenaer, oeil ext&#233;rieure), et c'est compl&#232;tement intuitif, c'est que le truc des cowboys est arriv&#233; plus tard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : &#199;a sert &#224; les lier en m&#234;me temps. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont quand m&#234;me ce truc en commun, ils sortent habill&#233;s en cowboy le weekend, dans un genre de village far-west, comme un hobby qui les sort de leur quotidien. Mais ils n'en parlent m&#234;me pas finalement, c'est tellement &#233;vident pour eux !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Ce qui fait &#233;cho au cowboy, c'est qu'ils parlent beaucoup de libert&#233;, d'espace, de &#171; partir &#187;&#8230;Mais eux, ils sont viss&#233;s &#224; leurs si&#232;ges, ils sont attach&#233;s et ils ne partiront pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ne peuvent s'&#233;vader qu'en parlant, ils fantasment sur ce que repr&#233;sente le cowboy et l'aventure. &lt;br class='autobr' /&gt;
En plus, c'est encore plus dans l'imaginaire, parce que le &#171; cowboy &#187; solitaire &#231;a n'existe pas. Le cowboy, il vit avec son b&#233;tail et ses coll&#232;gues. Le solitaire, c'est le chasseur de prime &#224; la limite&#8230; Je dis &#231;a parce que je suis &#224; fond dans &#171; pour quelques poign&#233;es de dollars &#187; en ce moment (rires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, quelles &#233;taient vos influences et r&#233;f&#233;rences pour la mise en sc&#232;ne ? Vous vous &#234;tes inspir&#233;s de l'ambiance western ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Non ! Pour jouer ce texte, moins on fait les cowboys, mieux c'est. &lt;br class='autobr' /&gt;
&#199;a n'aurait pas de sens selon nous. Ils travaillent avec une image, qui est finalement une ic&#244;ne de la masculinit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : On pourrait aussi avoir quatre motards ou vikings. Parce que ce qui compte c'est ce questionnement sur le groupe et la virilit&#233;. &#199;a aurait &#233;t&#233; possible aussi, parce que, comme dans le far-west, l'espace et la lumi&#232;re sont important pour un motard, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Mais dans ce cas, tu perds un peu ce c&#244;t&#233; h&#233;ro&#239;que, alors que les cowboys, &#231;a reste n&#233;buleux, il y a un c&#244;t&#233; iconique qui a &#233;volu&#233; dans l'imaginaire, &#224; tel point qu'on ne sait m&#234;me plus ce que c'est en fait. Pour moi, le motard, c'est tr&#232;s concret, &#231;a existe toujours, alors que le cowboy, c'est devenu un symbole de quelque chose. &lt;br class='autobr' /&gt; Herv&#233; : Parce que le cowboy, soi-disant, ne doit rien &#224; personne. Son existence, il ne la doit qu'&#224; lui m&#234;me quoi. C'est &#231;a qui fait r&#234;ver nos quatre types.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils essaient de retrouver leur place&#8230; En fait, on lit en eux la question de savoir : &#171; Qu'est-ce que c'est que d'&#234;tre un &#8216;homme' aujourd'hui &#187;.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Oui, parce qu'ils ne sont quand m&#234;me pas tout &#224; fait heureux, ce ne sont pas des hommes &#233;panouis, on peut le dire (rires) &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils ont quand m&#234;me tous des probl&#232;mes avec leur travail, avec les femmes surtout, donc ils se cherchent aussi l&#224;-dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Oui c'est &#231;a, c'est important pour eux, c'est un peu diff&#233;rent selon les uns et les autres. Il y en a qui se permettent d'avoir des &#233;motions et d'autres qui se l'interdisent. Il y a quelque chose sur le comportement, comment ne pas se faire avoir par les autres, comment se d&#233;marquer, comment faire ses preuves au sein d'un groupe&#8230; J'ai vu une fois un reportage sur des loups, et avoir une meute, c'est terrible en fait, tu dois toujours mater ce que fait l'autre, il y en a toujours un qui veut redevenir le chef, les places de chacun sont tout le temps &#224; d&#233;fendre&#8230; Si tu veux appartenir au groupe, tu dois tout le temps lutter ou revenir &#224; l'attaque. C'est &#233;prouvant. En tous cas, pour ces mecs l&#224;, &#231;a doit l'&#234;tre ! &lt;br class='autobr' /&gt;
Ils sont dans une construction du masculin tr&#232;s clich&#233;, ils ont du mal &#224; en sortir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et aujourd'hui, &#231;a peut faire partir dans plein d'autres imaginaires, et plein d'autres st&#233;r&#233;otypes finalement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : Oui, sans le vouloir apparemment &#231;a parle de &#231;a. On parle de mecs frustr&#233;s, en col&#232;re qui perdent leur image virile par rapport aux femmes et qui ont un probl&#232;me de pouvoir. &lt;br class='autobr' /&gt;
Leur rendez-vous c'est un endroit o&#249; ils retrouvent un peu une sorte d'exutoire. &lt;br class='autobr' /&gt;
Donc effectivement &#231;a renvoie &#224; plein de choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et au niveau de la mise en sc&#232;ne ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Par rapport &#224; cette histoire de caf&#233;, on a pris la d&#233;cision de s'en d&#233;tacher, ce c&#244;t&#233; &#171; tabourets &#187; et r&#233;f&#233;rence au pub, c'&#233;tait un truc qui aplatissait le propos selon nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Mais moi je n'aurais pas eu envie non plus de rentrer l&#224;-dedans, parce que &#231;a donne tout de suite une conversation de bar, et je trouve qu'avec &#231;a, on ne prend pas les choses au s&#233;rieux tout de suite&#8230;Ou moins, en tous cas. Tu te dis plus vite &#171; ils sont un peu saouls &#187;, ce n'est pas &#231;a qui est int&#233;ressant je pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : C'est tellement d&#233;j&#224; pr&#233;sent dans le texte, que de jouer encore l&#224;-dessus &#231;a aurait &#233;t&#233; trop clair. Ici, c'est un lieu myst&#233;rieux, une mise en sc&#232;ne moins r&#233;f&#233;renc&#233;e et plus abstraite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : Notre mise en sc&#232;ne, c'est un peu un no man's land finalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : Par le choix de collaborer avec Marie Szersnovicz et Margareta W. Andersen en sc&#233;nographie et lumi&#232;re, on savait qu'on allait travailler &#224; une image qui n'allait pas &#234;tre &#171; plattekes &#187;. Marie vient avec un imaginaire, et puis on se met dedans. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le truc aussi c'est que c'est une sc&#233;no tr&#232;s l&#233;g&#232;re, on peut la monter et la d&#233;monter super facilement, et &#231;a fait partie du concept aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Par rapport aux personnages, comment vous avez chacun trouv&#233; votre r&#244;le dans ces 4 hommes ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Youri : Traditionnellement, c'est Peter qui d&#233;cide (rires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : Il a fait une proposition, et puis on &#233;tait assez d'accord, c'&#233;tait plut&#244;t logique. C'est une sensation qu'il avait, et &#231;a a march&#233; comme &#231;a. Le personnage le plus &#226;g&#233; c'&#233;tait d'office Peter (rires). &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais en fait, m&#234;me si ces 4 mecs ont des petites particularit&#233;s, c'est un peu le m&#234;me genre et pratiquement le m&#234;me type d&#233;clin&#233;. Ils sont tellement sur le m&#234;me langage, dans leurs fa&#231;ons de parler, tu ne sais pas dire &#171; lui, il est clairement comme &#231;a &#187;, on n'est pas dans un sch&#233;ma d'une famille avec la figure du p&#232;re par exemple. Il y a des teintes et des nuances entre eux, mais c'est tr&#232;s l&#233;ger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, j'ai l'impression qu'ils s'engueulent beaucoup, et qu'ils sont souvent en train de se chamailler&#8230; C'est un peu comme quatre personnalit&#233;s dans le m&#234;me corps ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : Oui on pourrait le dire aussi comme &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peter : &#199;a pourrait &#234;tre une litanie d'une seule personne, sous diff&#233;rents jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : En tous cas, c'&#233;tait important qu'on ne distingue pas les personnages en se disant &#171; ha, il y a celui-ci ou celui-l&#224; &#187;, que &#231;a ne soit pas la galerie de personnages bien pittoresque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; : On ne voulait pas en faire une bande de gros &#171; beaufs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eno : Le costume prend beaucoup cette part l&#224;, il aide &#224; se projeter. Le fait qu'on soit en cowboy, &#231;a se suffit, et c'est l&#224; que tu peux, en tant que spectateur, imaginer des choses et te dire &#171; celui-l&#224; je l'imagine plus comme &#231;a &#187;. C'est un d&#233;calage que nous, on n'a pas &#224; prendre en charge . (rires)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class='spip_document_12074 spip_documents spip_documents_center'&gt;
&lt;img src='http://www.demanderleprogramme.fr/local/cache-vignettes/L500xH335/capture_d_e_cran_2018-11-13_a_11.49.55-68f0c.png?1699144587' width='500' height='335' alt=&#034;&#034; /&gt;&lt;/span&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Photo : Aur&#233;lia Noca&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
DESPERADO, Ton Kas &amp; Willem de Wolf, Traduction :&lt;br class='autobr' /&gt;
Youri Dirkx, Eno Krojanker, Herv&#233; Piron, Peter Vandenbempt&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La reprise </title>
		<link>http://www.demanderleprogramme.fr/La-reprise</link>
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		<dc:date>2018-05-06T09:58:32Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Juliette F </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Pour Milo Rau, le r&#233;el contient d&#233;j&#224; sa densit&#233; de drame. Comme avec une seringue, il suffit d'en extraire un &#233;chantillon pour l'&#233;tudier, l'exposer, le comprendre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce spectacle-laboratoire tente de mettre en r&#233;flexion la place que prennent les faits divers au sein de nos soci&#233;t&#233;s. Le rapprochement entre le r&#233;el et la fiction est au coeur de la recherche du metteur en sc&#232;ne, qui propose le premier volet de son triptyque &#171; Histoire(s) du Th&#233;&#226;tre &#187;. Produit cette ann&#233;e par le Th&#233;&#226;tre National et c&#233;l&#233;brant (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.demanderleprogramme.fr/-Critiques-" rel="directory"&gt;Critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pour Milo Rau, le r&#233;el contient d&#233;j&#224; sa densit&#233; de drame. Comme avec une seringue, il suffit d'en extraire un &#233;chantillon pour l'&#233;tudier, l'exposer, le comprendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce spectacle-laboratoire tente de mettre en r&#233;flexion la place que prennent les faits divers au sein de nos soci&#233;t&#233;s. Le rapprochement entre le r&#233;el et la fiction est au coeur de la recherche du metteur en sc&#232;ne, qui propose le premier volet de son triptyque &#171; Histoire(s) du Th&#233;&#226;tre &#187;. Produit cette ann&#233;e par le Th&#233;&#226;tre National et c&#233;l&#233;brant l'ouverture du Kunstenfestivaldesarts, &#171; La Reprise (I) &#187; se propose d'autopsier le th&#233;&#226;tre au travers de la construction m&#233;diatique d'un &#233;v&#232;nement qui a marqu&#233; l'histoire d'une ville, ou d'un pays. Apr&#232;s &#171; Five easy pieces &#187; sur l'affaire Dutroux, Rau revient ici sur un fait divers qui a choqu&#233; la ville de Li&#232;ge en 2012 : le meurtre de Ihsane Jarfi, un jeune homme pass&#233; &#224; tabac et laiss&#233; pour mort &#224; cause de ses orientations sexuelles et religieuses. &lt;br class='autobr' /&gt;
Comment repr&#233;senter la violence sur le plateau ? Quelle voix prend le th&#233;&#226;tre pour exposer des faits comme ceux-ci ? Comment s'implique le politique et le documentaire au sein d'un spectacle ? O&#249; se situe la limite entre le drame et la fiction ? Quelle place a le com&#233;dien sur sc&#232;ne quand il est impr&#233;gn&#233; de l'histoire de l'autre ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Cette proposition exp&#233;rimentale, projette la pi&#232;ce dans une r&#233;flexion globale sur la place du spectaculaire dans notre soci&#233;t&#233; contemporaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Milo Rau utilise un vocabulaire sc&#233;nique qui renvoie sans cesse &#224; un langage technique propre a l'investigation polici&#232;re : reconstitution des faits, enqu&#234;te, &#233;nigme &#224; r&#233;soudre... sont des termes qui mettent le th&#233;&#226;tre lui-m&#234;me sur une table d'observation &#224; la mani&#232;re d'une &#171; pi&#232;ce &#224; conviction &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour interroger l'essence de son th&#233;&#226;tre, le metteur en sc&#232;ne utilise le dispositif cin&#233;matographique sur le plateau (g&#233;n&#233;rique, captations en direct, documentation et vid&#233;os...) afin de jouer simultan&#233;ment avec les codes et indices de la fiction, des m&#233;dias, de la mise en sc&#232;ne et du r&#233;el. Cet exercice produit in&#233;vitablement un trouble entre les personnages &#224; l'&#233;cran et le corps des acteurs mais pose &#233;galement la question de la construction d'un r&#233;cit et de ses multiples temporalit&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt;
Les sc&#232;nes vid&#233;o et le jeu des acteurs entrent en correspondance permanente, revisitant chaque &#233;tape de l'histoire comme dans les reconstitutions de sc&#232;nes de crime, telles qu'elles sont men&#233;es dans les enqu&#234;tes de police o&#249; les conditions d'un meurtre sont parfois rejou&#233;es par des com&#233;diens pour en comprendre la logique. Ici le metteur en sc&#232;ne se sert donc de ces tensions transpos&#233;es entre r&#233;el et jeu pour explorer les m&#233;canismes du th&#233;&#226;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme au tribunal, les d&#233;clarations ne concordent pas toujours exactement, elles sont subjectives, elles se d&#233;calent peu &#224; peu de la sc&#232;ne r&#233;elle en fonction des souvenirs des t&#233;moins. Ce dispositif illustre pr&#233;cis&#233;ment comment un discours se fabrique, produisant de multiples r&#233;cits &#224; l'int&#233;rieur d'un &#233;v&#232;nement. O&#249; est la v&#233;rit&#233; ? Le th&#233;&#226;tre peut-il y r&#233;pondre ? Le doit-il seulement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que le r&#244;le des m&#233;dias apparait comme &#233;tant le vecteur de r&#233;cits au sein de la soci&#233;t&#233;. Le story telling fabrique des mythes, les journaux ou la t&#233;l&#233;vision racontent par &#233;pisodes les &#233;tapes d'un proc&#232;s et le d&#233;roul&#233; d'un enqu&#234;te. Tenant leur audience en haleine, gardant le suspens, menant des investigations parfois morbides, la sc&#232;ne m&#233;diatique attise la curiosit&#233; du public pour produire du spectaculaire et du fantasme collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour orchestrer ce spectacle, toute l'&#233;quipe est all&#233;e &#224; la rencontre de la famille de la victime et m&#234;me de ses agresseurs. Les com&#233;diens (professionnels et amateurs) ont v&#233;cu cette confrontation avec le r&#233;el pour s'impr&#233;gner du r&#233;cit, certains ont m&#234;me assist&#233; &#224; toutes les audiences du proc&#232;s. Nous sommes face &#224; un metath&#233;&#226;tre o&#249; les com&#233;diens portent leur propre nom, et performent leur propre r&#244;le : ils re-jouent le casting, ils racontent leurs exp&#233;riences de l'&#233;v&#232;nement&#8230; L'illusion est annonc&#233;e d'embl&#233;e et le spectateur aussi est amen&#233; &#224; remettre son r&#244;le en question et &#224; prendre de la distance sur ce qu'il voit. Pourtant, on est absorb&#233; par le r&#233;cit &#224; de nombreuses reprises&#8230; Pourquoi ? Car Rau emploi tout l'appareillage propre aux films &#171; tir&#233;s d'une histoire vraie &#187;, il tente de toucher le spectateur aux tripes avec un sujet violent, d'autant qu'il s'adresse &#224; des personnes qui ont v&#233;cu l'&#233;v&#232;nement au travers des m&#233;dias. Faire &#233;merger des sensations fortes tout en mettant en lumi&#232;re le processus de mise en spectacle lui-m&#234;me, c'est l&#224; que Milo Rau trouve une forme forte et coh&#233;rente, qui met l'audience (et le th&#233;&#226;tre) &#224; l'&#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l'histoire d'une ville post-industrielle qui est d&#233;peinte ici, &#224; l'image du film &#171; &lt;a href=&#034;https://www.50cinquante.be/fr/films/les-enfants-du-borinage/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Les enfants du Borinage&lt;/a&gt; &#187; de Patric Jean. Cet hommage &#224; Henri Storck, qui &lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=v1feCFWK_wI&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;t&#233;moignait&lt;/a&gt; en 1935 la r&#233;alit&#233; des classes ouvri&#232;res de la r&#233;gion Wallone, donne &#224; voir des villes enti&#232;res plong&#233;es dans la mis&#232;re sociale pendant la crise post-industrielle. Dans le spectacle de Rau, on nous parle aussi de cette r&#233;alit&#233; dramatique qui a frapp&#233; un grand nombre de r&#233;gions mini&#232;res et m&#233;tallurgique dans les ann&#233;es 80, refl&#233;tant une violence politique et sociale forte, comme m&#233;taphore de la d&#233;pression, de la perdition d'une soci&#233;t&#233;. Plong&#233; dans cette faille, le spectacle prend une ampleur politique puissante, allant m&#234;me jusqu'&#224; accuser l'&#201;tat lui-m&#234;me du crime dont on parle ici : &#171; Pour moi s'il y a eu pr&#233;m&#233;ditation, c'est la soci&#233;t&#233; qui est responsable de cette pr&#233;m&#233;ditation. Ma th&#232;se, c'est que ce ne sont pas les individus qui sont racistes ou homophobes, c'est la soci&#233;t&#233; qui donne des expressions pour l'&#234;tre. &#187; r&#233;pond Milo Rau &#224; l'intervew de Christian Jade (RTBF, 3/05/18). &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment sait-on quand termine le spectacle, puisque l'actualit&#233; et la th&#233;&#226;tralit&#233; sera toujours pr&#233;sente ? Chaque soir, les com&#233;diens vont reposer les questions, vont rejouer leur propre r&#244;le, interroger le th&#233;&#226;tre et le monde au travers du spectacle. Belle ouverture pour le Kunstenfestivaldesarts qui s'annonce &#233;clectique, r&#233;flexif et engag&#233; cette ann&#233;e encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 1830, on raconte que les spectateurs de l'Op&#233;ra de la Monnaie sortent de la salle, hyst&#233;riques, et font &#233;clater la r&#233;volution Bruxelloise dans une violente &#233;meute en pleine p&#233;riode de crise &#233;conomique. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;strong&gt;&lt;a href=&#034;http://rainbowhouse.be/fr/article/journee-ihsane-jarfi-dag/&#034; class='spip_out' rel='external'&gt;Le 17 mai 2018 &#224; 17h&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;, sur la m&#234;me place, aura lieu un rassemblement pour lutter contre les discriminations sur la base des identit&#233;s de genres, des orientations sexuelles, des origines ethniques, culturelles et religieuses en hommage &#224; Ihsane Jarfi. L'actualit&#233; est ing&#233;r&#233;e par le th&#233;&#226;tre pour alors contaminer le r&#233;el &#224; son tour, dans un mouvement cyclique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Se rappeler et oublier</title>
		<link>http://www.demanderleprogramme.fr/Se-rappeler-et-oublier</link>
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		<dc:date>2018-03-12T09:58:35Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Juliette F </dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;&#192; la fronti&#232;re entre le conte et la marionnette ce &#171; laboratoire &#187; mis en sc&#232;ne par l'allemand Jan Christoph Gockel s'inspire du livre &#171; Frankenstein, or the modern prometheus &#187; de Marie Shelley pour redonner vie &#224; des objets du pass&#233;, sous forme d'une marionnette g&#233;ante. Multilingue (Allemand, Fran&#231;ais, Anglais), multi-objets, multi-r&#233;cits : ce spectacle cr&#233;e enti&#232;rement au Th&#233;&#226;tre National de Bruxelles, refl&#232;te aussi l'&#233;clectisme d'une ville, qui bouillonne de souvenir et de cultures h&#233;t&#233;roclites. Du march&#233; (...)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="http://www.demanderleprogramme.fr/-Critiques-" rel="directory"&gt;Critiques&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#192; la fronti&#232;re entre le conte et la marionnette ce &#171; laboratoire &#187; mis en sc&#232;ne par l'allemand Jan Christoph Gockel s'inspire du livre &#171; Frankenstein, or the modern prometheus &#187; de Marie Shelley pour redonner vie &#224; des objets du pass&#233;, sous forme d'une marionnette g&#233;ante. Multilingue (Allemand, Fran&#231;ais, Anglais), multi-objets, multi-r&#233;cits : ce spectacle cr&#233;e enti&#232;rement au Th&#233;&#226;tre National de Bruxelles, refl&#232;te aussi l'&#233;clectisme d'une ville, qui bouillonne de souvenir et de cultures h&#233;t&#233;roclites. Du march&#233; au puces &#224; la sc&#232;ne, on est transport&#233; dans un monde pass&#233; et poussi&#233;reux fait de &#8216;broles' et d'histoires brass&#233;es ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Michael Pietsch, le concepteur des marionnettes, a fourni un travail colossal avec une grande &#233;quipe de techniciens, plasticiens et menuisiers pour fabriquer un g&#233;ant de bois d'environ 6 m&#232;tres de haut, qui tr&#244;ne sur le plateau (rappelant in&#233;vitablement la Saga des G&#233;ants de la compagnie Royal de Luxe) . &lt;br class='autobr' /&gt;
De nombreux Bruxellois ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; venir donner des objets qui leur sont chers pour garnir ce g&#233;ant creux, mais &#224; une condition : raconter chaque histoire de son pr&#233;cieux tr&#233;sor. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ainsi, rempla&#231;ant les os, les morceaux de chaire et des organes utilis&#233;s par le savant Victor Frankenstein dans le roman pour donner vie &#224; sa cr&#233;ature, ce sont les souvenirs de chaque habitant de la ville qui va servir de mati&#232;re organique. Le metteur en sc&#232;ne utilise m&#234;me l'expression de &#171; rendre le pass&#233; vivant &#224; nouveau &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un spectacle donc plac&#233; sous le signe de l'amoncellement et le morcellage : c'est une accumulation d'id&#233;es, de voix et de mat&#233;riaux qui priment dans cette mise en sc&#232;ne, aussi bien que dans ce r&#233;cit. &lt;br class='autobr' /&gt;
D&#232;s l'arriv&#233;e dans la salle, l'&#233;quipe du th&#233;&#226;tre nous invite sur sc&#232;ne, pour d&#233;couvrir de plus pr&#232;s l'envers du d&#233;cors. Avec cette plong&#233;e dans l'univers insolite, entre grenier et labo, le spectateur p&#233;n&#232;tre litt&#233;ralement dans un &#171; monde &#187; particulier. &lt;br class='autobr' /&gt;
Naviguant de part et d'autre du plateau, des morceaux d'histoires nous parviennent &#224; 360&#176; : un reflet capte le regard, un homme massif nous raconte l'histoire d'une &#233;charpe de sorcier, au m&#234;me moment, un tintement attire notre oreille au devant de la sc&#232;ne o&#249; une actrice rassemble des morceaux de porcelaine pour reconstituer le visage d'une poup&#233;e sur son &#233;tabli&#8230; Le tout est envelopp&#233; dans un l&#233;ger nuage de fum&#233;e et dans une m&#233;lodie sortie d'une autre &#233;poque : jou&#233;e &#224; l'accord&#233;on, au piano miniature ou aux manettes &#233;lectronique par un musicien intriguant, on se croirait dans un film de Jean-Pierre Jeunet ou de Tim Burton. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au fond de la sc&#232;ne, des mots s'accrochent &#224; nos oreilles &#171; grenier, grand p&#232;re, ancien, archive, souvenir, mort&#8230; &#187; l'ambiance est pos&#233;e, nous somme dans une atmosph&#232;re sortie d'un conte pour enfant ou d'un vieux livre d'horreur&#8230;Les vestiges de Mary Shelley et des fr&#232;res Grimm nous accompagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant l'histoire du spectacle, c'est un r&#233;cit crois&#233; entre de nombreux niveaux de discours. Faisant r&#233;f&#233;rence au texte original &#233;crit sous forme &#233;pistolaires, les com&#233;diens lisent eux aussi des courriers, s'y m&#234;lent les histoires des objets en sc&#232;ne, des faits historiques, des r&#233;f&#233;rences &#224; la litt&#233;rature, la l&#233;gende originale de Frankenstein&#8230;mais ce qui &#171; ficelle &#187; le tout est la pr&#233;sence de la famille de Victor, cr&#233;ateur du monstre, qui rayonne par son absence permanente et s'impose comme fant&#244;me durant (presque) tout le spectacle. Le fait que tout cela soit d&#233;clam&#233; dans des langues diff&#233;rentes, accentue l'impression de collage narratif et de juxtaposition de &#171; nombreuses histoires &#187; emprunt de diverses influences et cultures .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jeu des com&#233;dien est l&#233;g&#232;rement exag&#233;r&#233;, &#224; tel point parfois qu'eux aussi nous semblent presque devenir des automates. On comprend que chaque personnage du r&#233;cit est symbolis&#233; par des accessoires qui lui sont propre (l'un porte un casque blanc et une veste de marin, l'autre un blouson de soldat et une lance africaine, ou encore une robe rose) et qui passent d'acteurs en acteurs, devenus des poup&#233;es que l'on peut habiller. Comme dans une cours d'&#233;cole, les com&#233;diens se passent les r&#244;les, et &#171; jouent &#187; entre eux &#224; incarner les protagonistes. &lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont d'ailleurs aussi les op&#233;rateurs de toutes les m&#233;caniques en sc&#232;ne : ils activent les poup&#233;es, ils tirent les ficelles et les c&#226;bles et s'effacent au profit des d&#233;cors. Bref, sur sc&#232;ne, tout le monde est au service d'une seule chose : l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Racont&#233;e par chapitres cette &#233;vocation permanente des souvenirs nous am&#232;ne in&#233;vitablement sur la question de la mort. On parle ici de d&#233;composition, d'oubli et d'absence. Il plane &#233;galement en permanence une r&#233;flexion sur la guerre, le trauma ou la peur des souvenirs qui hantent. Parfois, on pr&#233;f&#232;re &#171; oublier le pass&#233; &#187; nous dit Victor (revenu en coup de vent, pour mettre un terme &#224; la souffrance de son g&#233;ant, rong&#233; par le pass&#233;, d&#233;vast&#233; par le monde.)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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