La solitude du mammouth

Fleurus | Théâtre | Ferme de Martinrou

Dates
Du 24 au 27 mars 2020
Horaires
Tableau des horaires
Ferme de Martinrou
chée de Charleroi, 615 6220 Fleurus
Contact
http://www.martinrou.be
info@martinrou.be
+32 71 81 63 32

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La solitude du mammouth

C’est l’histoire d’une femme de quarante ans qui a consacré toute son énergie à sa famille - elle a deux enfants - et qui voit son mari partir en scooter pour une plus jeune de quinze ans, aux jambes interminables et aux seins généreux.
C’est l’histoire d’une femme qui a du mal à avaler ça et qui veut donner une sacrée leçon à son mari. D’abord en cherchant un mafieux albanais pour arranger le portait de l’homme qu’elle a tant aimé puis, comme on n’est jamais mieux servi que par soi-même, en se faisant justice elle-même.
C’est l’histoire d’une femme pas déprimée du tout qui va rendre impossible la vie du fugueur en scooter.
Un monologue drôle, cruel et déjanté évoquant la colère intérieure, le désir de vengeance, et la salutaire résilience des êtres vivants.
Il y a quelques années, Geneviève Damas était passée à Martinrou avec son premier spectacle, « Mollie à vélo », un monologue plein d’amour et d’espoir… l’eau a coulé sous les ponts, l’espoir naïf a muté, mais Geneviève garde toujours la faculté de nous emporter avec délectation dans son univers !
Messieurs, soyez prudents, les dames vont recevoir de judicieux conseils !

Distribution

De et par Geneviève Dama
Mise en scène : Emmanuel Dekoninck

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Lundi 18 décembre 2017, par Dominique-hélène Lemaire

Second Degré

comme on les aime !

Déflagration : entre fable d’histoire naturelle et scalpel qui dépiaute les maladies de la société, Geneviève Damas se livre, sur papier et sur le plateau, au propre et au figuré, sans réserves comme si l’urgence était de sauver une espèce en voie de disparition, celle de la femme vivante, animale, animée de désir, prête à risque tout pour vivre sa vie de chèvre de Monsieur Seguin : enfin libre d’ « être », même au risque de se faite dévorer. Plutôt que de se sentir la corde au cou, corvéable à merci et d’être rangée parmi les robots nés pour servir les hommes. C’est dit. Bien qu’à demi-mots. Car la peine profonde reste toujours très silencieuse si pas muette.

Bérénice est une femme parfaite, comme dans American Beauty. Elle fait tout, contrôle tout, jusqu’au moindre brin d’herbe du gazon, jusqu’au nombre de pommes du pommier qui trône dans son paradis sur terre. Mais elle se meurt aux côtés de son professeur de mari, qui ne rêve qu’à ses palmes académiques. Sauf que, lorsque son mec, met les bouts avec une jeune et ravissante monture pour ses ébats amoureux, elle s’écroule d’abord, et croque ensuite avec délices, question de se relever, la pomme de la vengeance. Plus la violence est dissimulée, plus elle la galvanise. Elle perd tout principe moral, toute notion de civilisation et renoue dans un crescendo renversant, avec la sauvagerie originelle. Là est la fable. Le rire salvateur est au rendez-vous, il fuse à chaque ligne du monologue. Le jeu théâtral et la mise en scène sont succulents. On ressort rincé et rafraîchi par ce déluge de fantasmes qui déboulent sur scène et dans le texte, au rythme d’une révolution cosmique. Bousculant tous les codes, retournant toutes les médailles, faisant feu de la moindre convention, l’écriture est incisive et tranchante. Le texte se dévide, implacable. La mise en scène des frustrations et des désillusions sonne on ne peut plus juste …et la vengeance sophiste sur l’estrade sera caricaturale. Une fausse justice fait écho à une cause désespérée !

Grande habileté artistique due à la connivence des artistes, Emmanuel Dekoninck, le metteur en scène, joue un duo parfait de ce texte bourré de dynamite, avec la romancière et la comédienne , Geneviève Damas. L’action se précise au rythme corrosif d’un succulent thriller, qui n’est pas sans rappeler des nouvelles de Roald Dahl ou des romans de Barbara Abel.

Aussi désillusionnée qu’une Madame Bovary, Bérénice déclare la guerre à qui lui a ravi son désir, rendu la vie étriquée, mis les sentiments aux abonnés absents …. Comme Médée, cette Bérénice a deux enfants. Ils sont invisibles, Rufus et Paëlla. Elle les laisse sans vergogne aux soins de la voisine. Qui sait, une chance pour eux ? Au passage, quelle preuve de désamour que ces noms-là ! Et comme la Médée antique, elle découvre la cruauté sans limites, se servant de la vengeance pour combler son abandon et y survivre. La loi sauvage du plus fort prévaudra. C’est comme cela, en histoire naturelle. La caricature est diablement efficace. Il n’y a rien d’innocent dans la démarche. Et il y a des plumes à perdre pour certains adeptes des robots féminins living in a Perfect World !

Dominique-Hélène Lemaire

Ferme de Martinrou


chée de Charleroi, 615
6220 Fleurus